PLF 2027 : la croissance algérienne « sous perfusion budgétaire » selon Abdelrahmi Bessaha

L'économiste Abdelrahmi Bessaha passe le PLF 2027 au crible. Pour une croissance prévue de 4,2 %, les recettes de l'État ne couvriraient que 51,7 % de ses dépenses.

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Pour 100 dinars dépensés en 2027, l’État n’en encaisserait que 52. ©Pexels/ Djamel Ramdani
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Dans une étude, Abdelrahmi Bessaha, ancien conseiller du FMI, estime que le projet de loi de finances 2027 « comporte de nombreuses faiblesses et s’inscrit davantage dans la continuité que dans la rupture nécessaire pour relever les défis économiques du pays ». Pour une croissance réelle prévue de 4,2 %, les recettes de l’État ne couvriraient que 51,7 % de ses dépenses en 2027, relève-t-il. Cette étude, précise-t-il, n’engage aucune institution.

Un an plus tôt, il intitulait son analyse du PLF 2026 « premier pas vers la soutenabilité budgétaire ». Le message central de la nouvelle étude est qu’en l’absence de réformes profondes, cohérentes et graduelles, « la croissance algérienne restera sous perfusion budgétaire ».

Pour 100 dinars de dépenses, environ 52 de recettes

Le PLF 2027 prévoit une croissance réelle de 4,2 % en 2027, de 4,1 % en 2028 et de 4,7 % en 2029. Les dépenses budgétaires atteindraient 17 882,6 milliards de dinars, pour 9 251,1 milliards de recettes. Le déficit de 8 631,5 milliards représenterait 16,2 % du PIB. L’étude en donne une image simple. Pour 100 dinars de dépenses prévues, l’État disposerait d’environ 52 dinars de recettes.

Elle précise que ce ratio, calculé sur le budget de l’État, n’est pas directement comparable au solde des administrations publiques retenu par le FMI. Selon elle, le Fonds prévoit de son côté une croissance de 3,1 % en 2027, puis de 3,0 % en 2028 et en 2029. L’écart avec le gouvernement serait de 1,1 point, 1,1 point et 1,7 point. « Ces divergences ne signifient pas nécessairement que les prévisions gouvernementales sont irréalisables », nuance le texte.

Un rendement fiscal ramené de 11,12 % à 10,42 %

Les recettes fiscales ordinaires passeraient de 5 282,3 milliards de dinars en 2027 à 6 063,4 milliards en 2029, soit 14,8 % de plus. Rapportées au PIB hors hydrocarbures, elles reculeraient pourtant de 11,12 % à 10,42 %. Entre 2027 et 2028, elles progresseraient de 7,4 %, contre 11,1 % pour le PIB nominal hors hydrocarbures. Entre 2028 et 2029, la hausse serait de 6,8 %, contre 10,3 %.

L’étude résume la contradiction ainsi : le PLF « prévoit une économie hors hydrocarbures en expansion, mais un État qui mobiliserait une proportion décroissante de la richesse produite par cette économie ». Elle précise que ses coefficients ne sont pas des estimations de l’élasticité fiscale à législation inchangée, car ils intègrent les effets des mesures nouvelles et des exonérations.

Sur la hausse de 480,2 milliards de dinars des recettes fiscales ordinaires en 2027, 216,8 milliards seraient attribuables à la croissance, selon un calcul de l’auteur fondé sur une élasticité conventionnelle de 0,5. Le solde de 263,4 milliards correspondrait aux mesures fiscales nouvelles et aux autres facteurs de rendement. Les dépenses fiscales, c’est-à-dire les exonérations et avantages assimilés, atteindraient 708,8 milliards de dinars, contre 588,6 milliards en 2026, soit 20,4 % de plus.

Un PIB nominal relevé de 18 % en un an

Pour 2027, le PIB nominal projeté passe de 45 018,4 milliards de dinars dans le PLF 2026 à 53 122 milliards dans le PLF 2027, soit 18,0 % de plus. Pour 2028, la révision atteint 20,0 %, de 48 395,7 à 58 088,3 milliards. Les prévisions de croissance réelle restent proches d’un projet à l’autre, avec 4,4 % pour 2027 dans le PLF 2026 et 4,2 % dans le PLF 2027.

Le PIB nominal sert de dénominateur aux principaux ratios budgétaires. L’étude juge donc la clarification de ces révisions « indispensable pour apprécier la cohérence du cadrage macroéconomique ».

Le projet retient aussi un taux de change de 131 dinars pour un dollar sur la période 2027-2029. Le texte relève que le cours officiel se situait autour de 134,4 dinars au début d’octobre 2026. Il ajoute que cette observation « ne signifie pas nécessairement que les autorités ont fixé un objectif d’appréciation ».

Des dépenses courantes supérieures aux recettes totales

En 2027, les quatre catégories de dépenses courantes retenues par l’auteur (personnel, fonctionnement des services, transferts et charges de la dette) atteindraient 12 076,2 milliards de dinars. Les recettes budgétaires totales, 9 251,1 milliards, en couvriraient 76,6 %. Les recettes hors hydrocarbures, 6 598,8 milliards, n’en couvriraient que 54,6 %. Les charges de la dette passeraient de 566,4 à 838 milliards de dinars, soit 48 % de plus.

Dans le scénario de référence de l’étude, sans réformes, la dette publique passerait de 53,2 % du PIB en 2026 à 75,4 % en 2030. Les réserves officielles de change reculeraient de 46,5 à 23,5 milliards de dollars. « Ces projections ne constituent pas des résultats inéluctables », écrit l’auteur. Il précise que « cette situation ne signifie pas que l’État serait immédiatement dans l’incapacité d’honorer ses engagements ».

Des crédits d’investissement en baisse de 8,6 %

Les crédits d’investissement inscrits au titre 3 passeraient de 4 073,8 milliards de dinars en 2026 à 3 725,1 milliards en 2027. L’étude pose la question de savoir si l’investissement public devient « la variable d’ajustement d’un budget dont les dépenses courantes dépassent déjà les ressources disponibles ». Elle rappelle aussi qu’« une réduction des crédits inscrits ne signifie pas nécessairement une diminution équivalente des réalisations physiques ».

Ce que l’auteur propose

Selon lui, les documents examinés ne présentent pas « un cadrage macroéconomique et financier suffisamment complet, cohérent et intégré ». Il précise que cela ne préjuge pas de l’existence de travaux techniques internes plus détaillés.

Il propose une mobilisation fiscale renforcée et une meilleure maîtrise des dépenses permanentes. Les transferts devraient être rationalisés « sans affaiblir la protection des ménages vulnérables ». Il juge le rééquilibrage urgent, mais écrit : « Il ne s’agit ni de préconiser une contraction brutale des dépenses ni de remettre en cause les objectifs légitimes de développement et de protection sociale. »

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