Quand un budget annonce un déficit en baisse, on s’attend à ce qu’il dise comment il paiera le reste. Le projet de loi de finances (PLF) 2027, publié par l’Assemblée populaire nationale (APN), s’en dispense. Omar Berkouk a donc reconstitué le circuit pour Maghreb Émergent, à partir de sources complémentaires.
Les recettes prévues atteignent 9 251,1 milliards de dinars (Md DA) pour 17 882,6 Md DA de crédits de paiement. Le solde, que le texte ne calcule pas et qui se déduit par différence, représente 16,2 % d’un PIB nominal de 53 122 Md DA, contre 9 627,7 Md DA dans la loi de finances 2026, soit un repli d’environ 10 %.
1 à 2,6, l’écart entre deux lectures du déficit
Le chiffre dépend du calcul, et il varie du simple au double. Pour 2026, le gouvernement avait annoncé 12,4 % du PIB en supposant que 70 % seulement des crédits seraient dépensés, alors que le PLF 2027 compte la totalité des crédits, soit 33,7 % du PIB, d’où, selon Omar Berkouk, « un ratio de 16,2 % qui n’est pas comparable au 12,4 % de l’an dernier ». Le Fonds monétaire international (FMI) projette 10,2 % du PIB en 2027, soit environ 5 418 Md DA, tandis que l’économiste, en appliquant le taux d’exécution de 2026, obtient 3 267 Md DA, près de 6 % du PIB, une illustration de sa part et non une prévision officielle. Entre 8 632 et 3 267, le besoin varie de 1 à 2,6, « le premier facteur d’incertitude pour les marchés ».
Les 2 060 Md DA de crédits non assignés, soit 11,5 % des crédits de paiement, entrent dans l’équation, et Omar Berkouk le répète, « ce chiffre n’est pas le besoin de financement réel ». La sous-exécution adoucit d’ordinaire ces déficits.
18 000 milliards de dette intérieure, et une banque centrale en renfort
« Le financement est quasi exclusivement interne », constate l’économiste. La dette intérieure avoisine 18 000 Md DA selon les données du ministère des Finances, et le Trésor la place d’abord auprès des banques publiques. Il y trouve son compte, les entreprises privées un peu moins, puisque ce circuit « alimente l’effet d’éviction sur le crédit au privé ».
Le Fonds de régulation des recettes, l’amortisseur des mauvaises années, ne pèse plus que 96,2 Md DA fin 2025, soit 1,1 % du déficit facial, et Omar Berkouk le juge « pratiquement épuisé ». La dette extérieure, autour de 3 % du PIB d’après Allianz Research, n’offre guère mieux. Quand les autres portes se ferment, la banque centrale ouvre la sienne, avec une avance au Trésor passée de 10 % à 20 % des recettes annuelles, soit environ 1 850 Md DA sur la base du PLF. Elle couvrirait 21 % du besoin dans la lecture brute, 34 % dans celle du FMI et 57 % avec une exécution à 70 %. « Il ne couvre donc qu’une partie du besoin, quelle que soit la lecture retenue », souligne l’économiste, le solde passant par l’émission de titres sur le marché intérieur.
Le FMI évalue à 5,5 % du PIB le financement par la banque centrale en 2026, contre 3,7 % en 2025. Le financement non conventionnel est gelé depuis 2019 et le ministre des Finances décrit le relèvement du plafond comme un dispositif encadré par la loi monétaire et bancaire. Le risque de monétisation, Omar Berkouk l’avait déjà signalé.
15,5 % de recettes en plus, le pari du gouvernement
Le budget compte sur des recettes en hausse de 15,5 % quand les crédits de paiement n’augmentent que de 1,4 %, et la fiscalité pétrolière recule de 1,7 %, à 2 652,3 Md DA. D’où, selon l’économiste, « un volontarisme sur les recettes (hors hydrocarbures) » conjugué à « une quasi-stabilité nominale de la dépense ». Coface fixe le prix d’équilibre budgétaire à 142 dollars le baril, contre 60 dollars retenus pour 2026, et Allianz Research voit la dette publique passer de 52,1 % du PIB en 2025, d’après le FMI, à 80 % en 2030.
Côté mesures, l’article 149 ouvre jusqu’au 31 décembre 2027 une régularisation volontaire des capitaux informels des résidents, à 12 % libératoire. L’article 222 supprime l’obligation de souscrire en bons du Trésor les avoirs des comptes courants postaux, et l’article 207 met à la charge du Trésor les intérêts de différé et la bonification des prêts pour 350 000 logements AADL 3. « Ces mesures sont utiles mais d’ampleur limitée au regard d’un déficit de plusieurs milliers de milliards », juge Omar Berkouk.
Si les rentrées déçoivent, « un écart de recettes se traduirait directement en financement monétaire ». L’économiste attend du Parlement ce que le projet ne donne pas, un tableau de financement, avec le prix de référence du baril et le taux d’exécution retenus. « Les débats parlementaires devraient permettre de les obtenir. »


