Le port de Béjaïa affiche une croissance phénoménale en début d’année. Le port d’Alger, lui, recule sur tous les segments. Les chiffres publiés par les deux entreprises portuaires dressent un tableau contrasté et révélateur.
Béjaïa : une performance historique
Le port de Béjaïa démarre 2026 en trombe. Selon le bulletin d’informations de l’Entreprise Portuaire de Béjaïa (EPB), le volume global traité sur les mois de janvier et février atteint 2 691 901 tonnes. C’est une progression de 33,33 % par rapport à la même période en 2025. Un résultat exceptionnel pour un port régional.
Les exportations tirent cette dynamique vers le haut. Le trafic global à l’export bondit de 152 %, totalisant 754 417 tonnes. Les hydrocarbures progressent de 138 % avec 607 414 tonnes expédiées. Mais surtout, les exportations hors hydrocarbures explosent de 226 %. Près de 147 003 tonnes de produits industriels et agroalimentaires partent vers les marchés internationaux. C’est le signe concret d’une diversification économique qui avance.
Par ailleurs, les importations ne sont pas en reste. Elles progressent de 12,67 % pour atteindre 1 937 484 tonnes. Les céréales — blé, maïs et soja — bondissent de 63 %, avec plus d’un million de tonnes réceptionnées. Enfin, le trafic passagers affiche une hausse spectaculaire de 83,51 %. Le port de Béjaïa s’impose ainsi comme un hub logistique en pleine ascension.
Alger : un recul généralisé
À l’opposé, le port d’Alger traverse une période difficile. Selon le bulletin de l’Entreprise Portuaire d’Alger (EPAL), le trafic global sur janvier-février 2026 s’établit à 1 253 893 tonnes, contre 1 549 429 tonnes un an plus tôt. Le recul est de 19,07 %. Tous les segments sont touchés.
Le secteur des hydrocarbures chute de 39,88 %, passant de 556 668 à 335 361 tonnes. Les importations reculent de 16,71 %. Les exportations, elles, baissent encore plus fortement, de 38,05 %. C’est un signal fort : les flux se redistribuent vers d’autres terminaux nationaux.
En janvier, la chute est particulièrement sévère. Le trafic conteneurs s’effondre de 35,34 %, avec seulement 20 768 EVP traités contre 32 120 l’année précédente. En février, la situation s’améliore légèrement sur ce segment, avec 30 218 EVP, en hausse de 6,91 %. Mais ce rebond reste insuffisant pour compenser le repli général. Le trafic passagers recule également de 5,98 % en janvier et de 8,76 % en février.
Un écart qui interroge
Le contraste entre les deux ports pose une question de fond. Comment le premier port du pays recule-t-il alors que le port de Béjaïa, plus modeste en taille, affiche de tels résultats ? La réponse réside en partie dans une réorientation des flux de marchandises à l’échelle nationale. Les opérateurs économiques semblent privilégier des ports plus réactifs et mieux organisés.
La direction de l’EPAL a pris conscience du problème. Elle multiplie les initiatives pour redresser la barre. L’objectif est de réduire le temps de séjour des navires et d’améliorer la fluidité des opérations.
Néanmoins, les données du premier bimestre 2026 sont sans appel. Le port de Béjaïa déclasse le port d’Alger en termes de dynamisme. Un renversement de tendance qui mérite attention


