Le gramme d’or a atteint 144,52 dollars sur les marchés internationaux. À Alger, les bijoutiers, eux, n’arrivent pas à s’entendre sur ce que vaut ce même gramme dans leurs vitrines. La divergence est considérable.
L’Organisation nationale de protection et d’information des consommateurs (ONIC) a tiré la sonnette d’alarme en pointant une envolée des prix fin 2025, dépassant 40 000 dinars le gramme. Depuis, le repli des cours mondiaux devrait, en théorie, avoir allégé la facture des acheteurs. Fadi Tamim, représentant de l’organisation, annonce des tarifs compris entre 7 000 dinars pour l’or local et 10 000 dinars pour l’importé. Des chiffres que les professionnels du secteur contestent sans détour.
«Irrationnel»
«Dire que le prix est entre 7 000 et 10 000 dinars, c’est irrationnel», tranche un bijoutier d’Alger, qui s’appuie sur le cours spot international. À 144,52 dollars le gramme, la conversion au taux de change officiel donne 19 250 dinars. Au taux du marché parallèle, le même gramme ressort à 25 280 dinars. Entre les deux références, l’écart dépasse 6 000 dinars, soit près d’un tiers du prix officiel.
Cette dualité n’est pas nouvelle sur le marché algérien, mais elle prend une acuité particulière dans un secteur où les achats se règlent souvent en dehors du circuit bancaire formel. Elle contraint chaque bijoutier à arbitrer entre deux étalons incompatibles, sans cadre réglementaire pour trancher. Certains s’alignent sur le cours officiel. D’autres répercutent le taux du marché informel. Le consommateur, lui, ne dispose d’aucun moyen de vérifier.
Les difficultés d’approvisionnement aggravent la confusion. «J’ai contacté des grossistes. Certains disent qu’ils n’ont pas de marchandise», confie un professionnel, qui ne cache pas son scepticisme : «peut-être qu’ils ne veulent pas vendre» dans une période de forte volatilité.
Boutiques fermées après l’Aïd
L’autre point de friction porte sur les fermetures de boutiques intervenues pendant la phase de repli des cours, au lendemain de l’Aïd el-Fitr. L’ONIC y voit un comportement «non conforme». «Le consommateur a supporté la hausse. Il n’est pas normal de fermer lors de la baisse», estime Fadi Tamim, qui indique avoir saisi le ministère du Commerce. Des équipes de contrôle ont été dépêchées sur le terrain.
Du côté des bijoutiers, les versions divergent. «Le marché a connu une certaine anarchie après la baisse spectaculaire des prix», reconnaît un professionnel, qui précise toutefois avoir continué à travailler et affirme que la majorité de ses confrères qu’il connaît en ont fait autant. Sur le terrain, plusieurs boutiques sont néanmoins restées fermées, par précaution face à une volatilité qui rend tout calcul de marge aléatoire. Le ministère du Commerce n’a pas encore communiqué sur les résultats des contrôles engagés.


