La raffinerie pétrolière de Dangote au Nigeria vient de boucler la première tranche d’un programme de souscription d’un milliard de dollars destiné à soutenir sa future introduction en Bourse. Six cents millions de dollars de placements privés ont été décaissés fin août, portés par Pan-African Refinery Investment SPV, filiale de Lilium Capital Group. Les quatre cents millions restants, réservés à l’IPO elle-même, attendent encore le feu vert des marchés et des régulateurs.
Ce qui distingue l’opération de ce genre de montage habituel, c’est la composition du tour de table. Fonds souverains, gouvernements, investisseurs institutionnels : ce sont les seuls noms qui apparaissent au tableau de financement. Aucune banque nord-américaine. Aucun fonds européen. Le programme ne s’adresse qu’à des capitaux d’Afrique et de la Caraïbe, une première par son ampleur pour un actif industriel africain de ce calibre.
Le montage associe deux cabinets, Marob Strategies and Consulting, installé au Dubai International Financial Centre, et Lilium Capital Group, mandatés conjointement par Dangote Petroleum Refinery & Petrochemicals FZE. Le communiqué désigne l’ensemble des investisseurs ciblés sous l’appellation « Global Africa ».
Le vétéran du commerce intra-africain change de casquette
Le président de Marob Strategies s’appelle Benedict Okey Oramah. Un nom qui parlera à tout lecteur ayant suivi l’actualité bancaire africaine de la dernière décennie : il a présidé l’Afreximbank de 2015 à octobre 2025, poste qu’il occupait encore un an avant la signature de ce communiqué, avant de le céder au Camerounais George Elombi. C’est sous sa présidence, en 2022, que le système panafricain de paiement et de règlement, PAPSS, a été lancé.
PAPSS voulait affranchir le commerce intra-africain du dollar et de l’euro comme devises de transit. Le programme de souscription de la raffinerie Dangote applique la même recette à un autre problème : financer un actif industriel stratégique sans passer par les marchés de capitaux occidentaux. Oramah, retraité d’une institution multilatérale, retrouve son terrain de jeu habituel dans un cadre privé.
« Le niveau d’intérêt confirme l’appétit pour des transactions de marchés de capitaux menées par l’Afrique, qui donnent aux investisseurs accès à des actifs transformateurs sur le continent », a-t-il commenté, en évoquant la perspective de « nombreuses autres transactions de ce type ». Simon Tiemtoré, président de Lilium Capital, a pour sa part présenté l’opération comme un facteur de renforcement des marchés financiers du continent, dans le cadre d’une mobilisation de capital à long terme.
Le décor de la ZLECAf
Le communiqué invoque la Zone de libre-échange continentale africaine comme horizon de la transaction. Les chiffres derrière cette référence ne sont pas décoratifs. Le commerce intra-africain a atteint 220 milliards de dollars en 2024, en hausse de 12,5 % sur un an ; le secrétariat général de la ZLECAf projette 230 milliards de dollars en 2026, une trajectoire portée notamment par PAPSS, censé réduire de 20 à 30 % les coûts de change sur les principaux corridors commerciaux. La Banque des États de l’Afrique centrale a rejoint ce réseau en juillet 2026, portant à 28 le nombre de pays africains couverts.
Un milliard de dollars. C’est aussi la dotation du fonds d’ajustement de la ZLECAf géré par Afreximbank, destiné à accompagner les pays les plus exposés à l’ouverture commerciale continentale. Même montant, même logique de fonds propres africains mobilisés pour des projets structurants du continent, mais appliquée cette fois à une entreprise privée plutôt qu’à un mécanisme multilatéral.


