Malgré les réformes administratives récentes et l’assouplissement de la législation, l’Algérie peine à attirer les capitaux internationaux en dehors du secteur des hydrocarbures. Invité de l’émission Public/Privé, l’économiste et expert financier Omar Berkouk livre un diagnostic sans concession : si la simplification bureaucratique est une étape nécessaire, c’est avant tout la politique de change et le double marché du dinar qui constituent le verrou majeur.
L’Algérie ne capte en moyenne que 1,5 milliard de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) par an, sans jamais avoir dépassé la barre des 2 milliards sur la dernière décennie. À titre de comparaison, l’Égypte enregistre jusqu’à 46 milliards de dollars annuels. De plus, les capitaux captés restent massivement concentrés dans le secteur énergétique, jugé peu risqué par les multinationales pétrolières, sans irriguer le reste du tissu économique.
Guichet unique : une avancée utile mais encore incomplète
L’inauguration du guichet unique constitue un signal positif de simplification administrative, mais son efficacité demeure bridée. Selon Omar Berkouk, la plateforme manque d’interconnexion directe avec les administrations clés telles que le domaine foncier, les impôts, les douanes ou les caisses de sécurité sociale (CASNOS, CNAS). L’investisseur doit donc toujours effectuer des démarches physiques auprès de multiples guichets non synchronisés pour finaliser son dossier.
Le marché du change : le véritable verrou économique
Contrairement aux idées reçues, le premier obstacle n’est plus la règle des 51/49 % ni la simple bureaucratie, mais la sécurisation de l’investissement et la gestion des devises. L’écart (spread) entre le taux de change officiel et le marché parallèle atteint aujourd’hui 80 %, contre 20 % au début des années 2000. Cette distorsion pénalise lourdement la valorisation du capital au moment de l’investissement et restreint la rentabilité du rapatriement des dividendes. Par ailleurs, l’exigence administrative d’apporter 25 % de fonds propres pour autoriser le transfert des bénéfices alourdit le carcan.
Un système bancaire absorbé par le déficit public
Le déficit budgétaire, avoisinant les 13 %, est financé indirectement par la création monétaire via l’émission de titres du Trésor rachetés par les banques commerciales et refinancés auprès de la Banque d’Algérie. Ce mécanisme alimente l’inflation et la dépréciation du dinar. En parallèle, ce système incitatif pousse les banques à privilégier l’achat de titres publics rémunérés sans risque, entraînant un effet d’éviction au détriment du financement des entreprises privées et des nouveaux projets de l’économie réelle.
Afin d’atteindre l’objectif des 30 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures à l’horizon 2030, Omar Berkouk préconise une feuille de route sur cinq ans. Il recommande d’amorcer une convergence progressive des taux de change(guidance) afin d’offrir une lisibilité prévisible aux opérateurs, tout en poursuivant la substitution aux importations et le ciblage des subventions.


