La Banque européenne d’investissement (BEI) mène un dialogue « actif » avec les autorités algériennes sur la transition énergétique et se dit prête à s’engager sur des projets d’intérêt national. C’est ce qu’a indiqué Anna Barone, sa représentante régionale pour l’Algérie et la Tunisie, basée à Tunis, dans une déclaration faite en marge de la 14e édition du NAPEC, tenue du 5 au 7 octobre au Centre des conventions Mohamed Ben Ahmed d’Oran. Elle a rappelé que l’Algérie est un partenaire « historique et clé » de la banque depuis 1980, pour une trentaine d’opérations appuyées et environ 3 milliards d’euros.
Ce dialogue est mené avec l’Union européenne, selon la responsable, dans le cadre de l’architecture financière plus large de l’UE. La BEI se présente d’ailleurs comme l’un des principaux financeurs au monde de l’action climatique et de la durabilité environnementale, ce que l’ambassadeur de l’UE en Algérie, Diego Mellado, a résumé à Oran en l’appelant « la banque du climat ». Elle dit financer la transition dans son ensemble, de la production d’énergie à sa transmission et sa distribution, plutôt que des actifs verts pris isolément.
Le retour de la BEI en Algérie avait déjà été évoqué le 7 mai dernier, lors d’un point de presse à Alger après la visite de la commissaire européenne à la Méditerranée, Dubravka Šuica. Il s’agissait alors de grands projets d’infrastructures, notamment ferroviaires ou miniers, à la condition qu’ils revêtent un « intérêt national » pour l’Algérie. En juillet 2017, le bilan de la banque dans le pays s’établissait à 2,1 milliards d’euros investis depuis sa création, dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, du transport routier et de l’industrie.
Des projets à rendre finançables
Mme Barone n’a pas détaillé les obstacles propres au marché algérien. Elle a insisté sur l’étape qui précède le financement lui-même, la préparation des dossiers. La BEI peut prendre en charge des études de préfaisabilité, « ou toute autre étude qui aide à construire le projet et à le rendre finançable ».
C’est à ce stade que se trouve le SoutH2 Corridor, projet de corridor d’hydrogène vert d’environ 3 300 km qui doit relier l’Algérie et la Tunisie à l’Italie, à l’Autriche et à l’Allemagne. Les ministres de l’Énergie des cinq pays ont signé le 1er octobre à Alger une déclaration qui prévoit un secrétariat technique appuyé par l’ONUDI, sans calendrier d’investissement. Le ministre algérien, Mourad Adjal, y a annoncé le lancement de l’étude de faisabilité d’ALTEH2A, le volet algérien de production, dont les premiers résultats sont attendus en 2027. Le coût du corridor n’a pas été chiffré. À Oran, Diego Mellado a décrit un projet « dans la phase préparatoire » et prévenu qu’il ne se réalisera que si les investissements sont au rendez-vous.
Côté financement, le seul montant européen chiffré à ce sujet est de 24 millions d’euros, obtenu en 2025 par le réseau d’hydrogène de l’italien Snam pour des études techniques et des travaux préparatoires. Aucun montant comparable n’a été annoncé pour la section algérienne.
Mme Barone décrit pour sa part une palette d’instruments « très large ». Elle comprend le financement du secteur public, celui des entreprises, le financement bancaire et des montages en partenariat public-privé, auxquels s’ajoute un appui technique. L’ambassadeur de l’UE a cité de son côté « toute une batterie d’instruments financiers et de soutien », dont la bonification des taux d’intérêt et la possibilité de subventionner jusqu’à 100 % les études techniques.
Côté algérien, la feuille de route à l’horizon 2035 présentée en décembre 2023 par le directeur général de l’APRUE, Merouane Chabane, mobilise plus de 3 000 milliards de dinars, soit environ 21,5 milliards d’euros. Elle vise une capacité de 15 GW en énergies renouvelables et une baisse d’au moins 15 % de la consommation d’énergie primaire. Le PLF 2027 prévoit, à son article 132, de relever de 5 à 10 % du résultat imposable la déduction accordée aux dépenses d’infrastructures d’énergies renouvelables et d’hydrogène vert.


