REPORTAGE – À Benyounes, la canicule enflamme le business des restaurants poissonniers

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Le cordon de dunes de Benyounes avec au fond le port de Zemmouri Bahri. ©MAGHREB EMERGENT/ Ihsane El Kadi

Il est minuit à Benyounes ce vendredi 17 juillet. Petit village sur le littoral entre Le Figuier et Zemmouri, à 9 kilomètres à l’est de Boumerdès, chef-lieu de wilaya. Il est minuit et il y a trois kilomètres de bouchon sur la nationale 24, péniblement transformée en voie rapide de deux fois deux voies durant les années de la « Bahbouha ».

Les retours de la journée de plage du week-end le plus chaud de l’été, en attendant les suivants. Le flux se déverse depuis la nuit tombée de toute la côte à l’est de ce point : l’immense plage de Zemmouri Bahri, les suivantes en allant vers Cap Djinet et même celles du Sahel en continuant vers Dellys.

Nabil ne sait pas où donner de la tête. Son commerce, spécialité poisson, est situé dans la fosse lumineuse et enfumée où scintillent les enseignes d’une quinzaine de restaurants semblables de part et d’autre de la route. Il s’est doté d’une terrasse depuis deux ans, il peut servir 50 couverts en même temps, mais il est débordé : « Cela arrive deux, trois fois par saison d’avoir encore autant de familles pour dîner, mais aujourd’hui cela ne veut pas s’arrêter. » L’hypercanicule du week-end souffle le chaud sur le business du poisson à table.

Une célébration sacrificielle

Il faisait encore 34 degrés au coucher du soleil au bord de l’eau. « Il y a une maman, raconte Nabil, qui nous a dit : “Vous nous avez sauvés aujourd’hui.” On va rentrer à Lakhdaria et je ne me voyais pas réchauffer un dîner dans la fournaise.” » La halte dîner chez les restaurants de poisson de Benyounes est, après les prolongations nocturnes sur la plage, un couronnement du plan anti-canicule du jour. Pour les familles, il a un prix.

Un père de famille se penche sur le présentoir encore bien achalandé et lance : « Je me suis arrêté chez toi parce que ton parkingueur m’a vite trouvé une place. J’espère que tes prix ne vont pas me le faire regretter. » Un menu poisson de milieu de gamme – dorade, entre sardine et espadon – pour quatre personnes dépasse vite les 5 000 dinars. Une affaire pour les restaurateurs. Une célébration sacrificielle pour les ménages. Ce ne sont pas les mêmes qui reviendront le week-end prochain. Pour beaucoup, le dîner poisson à la fin d’une interminable journée de plage est, même dans le tohu-bohu chaotique d’une terrasse improvisée, un moment de grâce volé à l’incandescente volatilité de l’été.

Un miracle estival

Au café – bien climatisé – Bouchelaghem, non loin de la mosquée du rond-point, un autre business carbure aux délires de l’été. Ouvert H24 pendant la Coupe du monde, on pouvait venir y suivre aux aurores les matchs des Verts et tous les autres sur les fuseaux lointains de la côte ouest américaine. Les anciens se souviennent de Benyounes et évoquent sa métamorphose en deux décennies. « Il y a à peine plus de vingt ans, certains des commerçants les plus en vue du littoral, d’ici à Zemmouri, étaient rackettés par le GSPC. C’est un des territoires où le terrorisme a mis le plus longtemps à disparaître », explique Salah, retraité à Alger, qui a construit sa maison secondaire sur un lot familial en hauteur du village.

Benyounes a surclassé Le Figuier et Zemmouri Bahri avec de nouveaux commerces balnéaires tous les étés depuis une décennie. Des investissements impensables il y a encore peu. Tirés à la fois par la notoriété grandissante du voisin Grand Bleu, le complexe de vacances le plus huppé à l’est d’Alger, et par l’ouverture en 2024 du contournement autoroutier de Boumerdès par la RN 24 bis. Le petit village de Benyounes est un miracle estival. Il en faudrait d’autres pour qu’il rayonne au-delà. « Il ne faut pas nous voir avec les yeux de ce soir, prévient Nabil. Moi, je ferme mon restaurant sept mois sur douze. Il faut revenir ici en décembre et voir ce que c’est, Benyounes, à la saison basse. »

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