Le Salon national des fromages et des produits laitiers a ouvert ses portes, ce samedi, à la salle omnisports Saïd Tazrout à Tizi Ouzou . L’événement se tiendra du 11 au 15 avril en cours. Le salon devrait attirer, durant cinq jours, aussi bien le grand public que les professionnels. Son slogan, quant à lui, se veut ambitieux : « Perspectives pour l’exportation ».
Le coup d’envoi a été donné par le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations. À ses côtés, le wali, Abdelkader Boucetta, et de nombreux élus locaux. Ils sont venus soutenir une filière en mutation. Des dizaines d’exposants occupent les lieux. Ils proposent leurs produits aux consommateurs. Mais ils recherchent aussi des partenaires. Les professionnels sont en quête de nouvelles chaînes de distribution pour conquérir d’autres wilayas. Pourtant, derrière les vitrines bien garnies, le discours des producteurs est teinté de réalisme économique.
Laiterie Attouche : « une parcelle de terrain bloque un projet de 150 milliards »
Morsli Boudjemaa est un homme de terrain. Il dirige la laiterie Attouche, implantée à Makouda, au nord de la wilaya de Tizi Ouzou. Son entreprise est en activité depuis 2019. En 2022, elle est devenue une SARL. Sa chaîne de production est moderne. Elle transforme chaque jour une moyenne de 15 mille litres de lait cru . Ses produits sont déjà disponibles dans 35 wilayas . Mais Morsli Boudjemaa veut aller plus loin. Il se heurte à un obstacle de taille : le foncier.

« On est en activité depuis 2019 et on a lancé notre SARL en 2022, sur une chaîne de production, de plusieurs produits, on transforme chaque jour une moyenne de 15 mille litres de lait cru , et on est dépendant de la quantité collectée », explique-t-il avec franchise. Pour lui, l’expansion est vitale mais bloquée. « Nos produits sont disponibles dans 35 wilayas. On travaille actuellement dans des conditions lamentables, on veut faire une extension pour notre laiterie en créant 220 emplois directs, mais on attend la disponibilité du terrain pour notre projet».
Le projet est pourtant prêt. L’étude date de 2023. L’investissement est colossal. « L’étude de projet qu’on a fait en 2023, sur un besoin de 150 milliards de centimes , avec on va assurer 220 emplois directs , et notre chaîne de production sera plus solide ». Malgré ce potentiel, il refuse de vendre du rêve sur l’export. « J’évite de parler d’exportation à savoir qu’on est vraiment dépendant des éleveurs et une absence d’une matière premier lait cru, on est loin de satisfaire la demande locale avec des consommateurs qui deviennent de plus en plus exigeants, il me semble qu’il n’est pas encore le temps de parler de l’exportation ». Pour Attouche, la priorité reste la survie et la croissance locale.
Rachid Ibersien : « pour exporter, sur un besoin de nouvelles stratégies »
À quelques kilomètres de là, dans la vallée de Tamgout, Rachid Ibersien travaille différemment. Sa marque, connue sous le nom de “Vacherie de Tamgout” ou FAFI, utilise des recettes suisses. Son unité de production se trouve à Tamassit, dans la commune des Aghribs. Son savoir-faire a attiré les regards internationaux. Une dizaine d’ambassadeurs lui ont déjà rendu visite. Pourtant, le constat reste le même : le chemin vers l’étranger est semé d’embûches.

Parler d’export ? « Ce n’est pas facile d’arriver à ce stade notamment sur le marché européen qui est très exigeant », confie-t-il. Rachid Ibersien mise sur l’innovation pour se démarquer. « Avec des nouveaux produits des exclusivités comme le fromage de lait de chamelle qu’on a lancé dernièrement, on a attiré l’attention de plusieurs professionnels étrangers ».
Mais l’artisanat de luxe ne suffit pas sans un support structurel. « Pour exporter ce produit, il faut un besoin d’un accompagnement des autorités, que ce soit par des terrains à exploiter et des facilitations pour les démarches ». La demande existe, les clients appellent, mais les mains du producteur sont liées. « Mes produits sont demandés ailleurs mais pour l’instant je peux pas répondre à ces demandes ». L’exportation, pour lui, exige une véritable stratégie nationale de soutien aux producteurs d’élite.
Tifra Lait : « exportations vers trois pays africains d’ici la fin de l’année »
Le discours change légèrement chez Tifra Lait. Cette entreprise possède une expérience de plusieurs décennies. Elle a su diversifier ses activités au fil du temps. Ses produits laitiers sont célèbres. Zennia Farid, le directeur exécutif affiche une assurance certaine. Sa force réside dans une distribution déjà très large.

« Nos produits sont présents dans plus de 35 wilayas d’une manière directe et il ya aussi d’autres wilayas où on fait uniquement la distribution mais nos produits sont là », affirme-t-il. Pour Tifra Lait, l’Afrique est la prochaine étape. Et c’est pour bientôt. « Sur un projet à court terme pour exportateur vers trois pays africains , d’ici la fin de l’année ou bien le début de l’année prochaine ».
Pour réussir ce pari, l’entreprise ne veut plus dépendre des aléas de la collecte traditionnelle. Elle veut produire son propre lait. « On a aussi un projet pour l’élevage, puisque pour répondre à la demande du marché local et même dans le futur pour le marché africain sur un vraiment besoin d’une matière première en lait cru important ». C’est l’intégration verticale qui semble être la clé du succès pour franchir les frontières.
Un secteur entre espoir et contraintes
Le salon de Tizi Ouzou est une réussite populaire. Mais pour les professionnels, c’est un miroir des difficultés. Tous s’accordent sur un point : l’Algérie a le savoir-faire. Les fromages produits à Makouda ou aux Aghribs n’ont rien à envier aux standards internationaux. Mais la filière souffre de maux profonds. Le manque de lait cru est le premier frein. Sans une collecte stable et massive, l’industrie tourne au ralenti. Le second frein est le foncier. Les investissements de centaines de milliards dorment dans des tiroirs faute de terrain.


