Algérie :  les trois premières leçons à retenir de la 3e guerre contre l’Iran

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Le miroir est perturbant. De l’épaisseur démographique à la profondeur territoriale, de la rente pétrogazière à la centralité de l’institution militaire, l’Algérie et l’Iran partagent une bien ressemblante spécificité  de « puissances moyennes » en quête de souveraineté stratégique. Leurs trajectoires diplomatiques se sont cependant éloignées ces dernières années.

L’Algérie glissant lentement dans la sphère de conciliation bienveillante avec la pire version des États-Unis sous Donald Trump. L’Algérie n’est donc pas une cible du MAGA dévastateur au sens où le sont le Venezuela, l’Iran, le Groenland ou Cuba. Elle doit cependant tirer les premières leçons stratégiques des deux guerres successives contre l’Iran de juin 2025 et de mars-avril 2026.

Le nucléaire civil : un aimant à suspicions

La première leçon est celle du coût de l’ambition technologique sous surveillance. L’acharnement contre les sites de Natanz et Fordo en 2025, le déferlement sur les sites annexes ce printemps, la centralité de la question dans les négociations en cours, tout prouve qu’en dehors du club des « autorisés », le nucléaire, même civil, est un droit de tirage que l’Occident ne concède jamais vraiment.

Le président Chadli Bendjedid a fait le choix de modérer cette ambition en limitant le programme de l’électricité nucléaire à sa tranche expérimental. L’Algérie a hésité durant les années Bouteflika à se doter d’une centrale électronucléaire non essentielle pour la fourniture d’électricité, compte tenu du gisement hors norme du solaire. Si elle existait aujourd’hui, elle aurait sans doute mis l’Algérie sous plus forte pression pour le contrôle de l’enrichissement de son combustible. Les arbitrages stratégiques ne peuvent pas s’arrêter à cela concernant le nucléaire civil.

Il y a l’obligation de ne pas être totalement décroché afin de pouvoir toujours faire le choix de le développer, s’il survenait une évolution ou une rupture technologique. À mettre en face du risque géopolitique inévitable si la volonté d’atteindre un seuil militaire d’enrichissement pointe derrière le développement de la filière électrique nucléaire. L’Algérie  doit donc intégrer le coût de la suspicion si elle venait à développer le nucléaire civil comme elle en a le droit. Intégrer sans y renoncer.

Les SMR- petits réacteurs modulables- sont en train de changer la donne industrielle et financière de l’électricité d’origine nucléaire tandis que les RNR, réacteurs à neutrons rapides, réduisent considérablement les déchets radioactifs, problématique la plus handicapante pour la filière. Le tout en attendant la révolution de la fusion atomique vers 2050. L’Algérie doit se tenir au seuil de la doctrine impérialiste des « frappes préventives » sans s’exclure du mouvement global de la maitrise des usages de l’atome dans le bien de l’humanité.

Le solaire pour libérer le gaz d’ajustement

La deuxième leçon est une évidence. Il faut donner un coup d’accélérateur en mode « Gara Djebilet» à la transition énergétique algérienne. A deux reprises en quatre ans, en 2022 après l’invasion russe de l’Ukraine et en mars 2026 avec la fermeture d’Hormuz, l’Europe s’est retrouvée face à un gouffre. Alger a vu ses revenus s’envoler, mais ses capacités d’exportation de gaz naturel plafonnées. Elle n’a pas pu supplanter significativement la disparition de fournisseurs concurrents. Incarner le fournisseur d’ajustement.

La leçon est comptable également: le gaz brûlé dans les centrales hybrides pour climatiser nos étés est un préjudice contre la diplomatie énergétique du pays et un manque à gagner pour sa balance des paiements. Accélérer le virage vers le solaire massif n’est plus une coquetterie écologique, c’est une urgence de défense et un actif d’influence. Chaque térawatt solaire injecté dans le réseau domestique est un milliard de mètres cubes de gaz libéré pour le marché européen en détresse. Les 8 à  10 milliards de m3 de GNL manquants pour apaiser le stress des clients européens de Sonatrach se trouvaient dans les 12 GW d’électricité solaire programmée à l’échéance 2025 et jamais produite.

L’Europe aussi va tirer ses leçons et en déroule une feuille de route du tout électrique. Son modèle énergétique reposera sur plus d’usage électrique là où la molécule de carbone importée était priorisée. L’Europe achètera moins d’hydrocarbures et plus d’électricité verte, plus tôt que prévu. C’est déjà une affaire de survie stratégique pour le vieux continent.  Et la contre-révolution anti-écologique du Trumpisme n’y pourra rien.

Les étrangers et le front intérieur

L’effondrement du dispositif de protection des pays du Golfe lors de l’opération Rising Lion a balayé un mythe. Les bases américaines n’ont protégé aucun des pays d’accueil – Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn  – des essaims de drones . Elles ont simplement servi de cibles. La troisième leçon confirme la justesse historique du non-alignement algérien.

L’hébergement de forces étrangères est un contrat de dupes : il aliène la souveraineté en temps de paix et attire la foudre en temps de guerre. Le sujet n’a jamais fait débat dans le pays. Il est pourtant pertinent de l’évoquer pour le moyen- long terme au cas où  la trajectoire actuelle de la diplomatie algérienne devait l’exposer un jour lointain à des accès de faiblesse. La sécurité ne s’achète pas auprès d’un prestataire extérieur, fût-il la première puissance mondiale ; elle se construit par une défense nationale autonome et une profondeur stratégique qui ne dépend d’aucun « parapluie » troué.

Mais cette leçon sur l’option de sécurité nationale la plus robuste serait incomplète si on n’y ajoutait pas  ceci: depuis la fin de la guerre froide, un « discriminant politique » autorise l’innommable – génocide, guerre d’agression, assassinats et enlèvements de chefs d’État. Il s’agit du caractère « démocratique » de l’agresseur et de « non démocratique » de l’agressé. Nous venons de voir une nouvelle fois des démocraties formelles, pourtant dirigées par des aventuriers meurtriers ou des exécutants de génocides, s’octroyer le droit de piétiner toutes les conventions internationales au nom de la lutte contre un « régime hyper-autoritaire » menaçant  leur sécurité nationale.

Le label démocratique est l’arme de guerre la plus efficace de l’Occident. Un régime qui écrase sa propre population offre, sur un plateau d’argent, le justificatif moral à ses agresseurs. Être une démocratie n’est pas un bouclier contre l’erreur ou le populisme, mais c’est, sur le long terme, le seul blindage qui empêche un seigneur de guerre fascisant ou une coalition de dominants de venir « libérer » un peuple sous les bombes.

Le verrouillage politique conduisant à  l’hyper-autoritarisme est aujourd’hui la plus grande vulnérabilité géopolitique de l’Algérie. C’est d’ailleurs souvent sur ce point que ses ennemis tentent habilement de la rapprocher de l’Iran des gardiens de la Révolution.

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