Le général de corps d’armée Michel Yakovleff, ancien vice-chef d’état-major du SHAPE, le centre de commandement militaire suprême de l’OTAN chargé de coordonner les opérations de l’Alliance en Europe, livre une analyse dévastatrice de la stratégie américaine.
Dans un entretien au Figaro, il décrypte la première adresse officielle de Donald Trump sur la guerre en Iran, prononcée un mois après la mort de l’ayatollah Khamenei. Au cours de cette allocution, le président Trump a revendiqué une victoire imminente en annonçant l’élimination d’une centaine de cadres du régime et la destruction des forces conventionnelles de Téhéran.
Pour ce théoricien de la tactique qu’est Yakovleff, ces déclarations trahissent une fébrilité institutionnelle et une incompréhension profonde des réalités du terrain. Le général souligne que cette prise de parole répond d’abord à l’exigence du Congrès qui impose un renouvellement de l’autorisation des opérations sous soixante jours, alors que le conflit devient un fardeau financier insupportable pour l’électeur républicain face à l’explosion du prix des carburants.
Avec de telles victoires, l’Amérique n’a plus besoin de défaites
Le général Yakovleff balaie les succès revendiqués par Donald Trump en opposant systématiquement les résultats tactiques à l’échec stratégique global. Il résume la situation par une formule cinglante affirmant “qu’avec de telles victoires, l’Amérique n’a plus besoin de défaites”.
Selon lui, l’élimination des dirigeants iraniens vantée par Trump est une erreur de jugement majeure puisqu’elle ne fait qu’accélérer une sélection darwinienne au sein d’un régime dont les nouveaux cadres s’avèrent plus résolus que leurs prédécesseurs. De même, la destruction de la marine conventionnelle iranienne est qualifiée par Yakovleff de “succès vide de sens” car la véritable puissance de nuisance de Téhéran repose sur une doctrine asymétrique faite de drones et de missiles mobiles capables de frapper depuis les profondeurs du territoire, rendant toute tentative de contrôle du détroit d’Ormuz militairement illusoire.
L’érosion de la dissuasion mondiale
L’ancien haut responsable de l’OTAN estime que Donald Trump a d’ores et déjà perdu cette guerre et qu’il s’enferme dans l’illusion de pouvoir en dicter la fin. En réalité, Michel Yakovleff assure que ce sont les Iraniens qui fixeront les conditions de sortie, lesquelles s’annoncent humiliantes pour Washington avec des demandes de réparations et l’exigence d’un retrait total des bases américaines dans le Golfe. Le général fustige également la tentation de Trump de frapper les infrastructures civiles énergétiques, comparant cette logique à celle de Vladimir Poutine en Ukraine.
Yakovleff avertit qu’une telle escalade mènerait à une catastrophe humanitaire sans précédent si Téhéran mettait à exécution ses menaces de représailles sur les usines de dessalinisation, privant quarante-cinq millions de personnes d’eau potable sur la rive sud.
Le basculement géopolitique au profit de la Chine
Sur le plan géopolitique, Michel Yakovleff observe un basculement historique où la Chine apparaît comme le grand vainqueur. Le désengagement annoncé par Donald Trump et l’incapacité des États-Unis à protéger leurs alliés du Golfe contre les drones poussent ces monarchies à opérer un découplage diplomatique définitif avec Washington au profit de Pékin.
Cette érosion de l’influence américaine est aggravée par un épuisement critique des stocks de munitions de haute précision. En consommant ses missiles Tomahawk et ses systèmes sol-air en Iran pour un résultat nul, l’administration Trump sacrifie sa capacité de dissuasion face à la Chine dans le Pacifique. Le général Yakovleff conclut que le mythe de la toute-puissance militaire conventionnelle des États-Unis est désormais ébranlé, laissant place à un monde où les adversaires de l’Occident ne craignent plus une intervention américaine.


