Le Palais des Expositions de la SAFEX à Alger s’est transformé, ce 30 mars 2026, en une véritable fourmille industrielle. Pour cette 10e édition historique de Plast et la 11e de Printpack Alger, Plus de « 300 exposants provenant de 22 pays » ont répondu à l’appel. Mais au-delà des stands rutilants, la réalité du terrain s’exprime à travers les témoignages de patrons d’usines qui se battent pour produire, stocker et surtout grandir. Entre croissance rapide et goulots d’étranglement logistiques, plongée au cœur d’un secteur en pleine mutation.
Organisé par Fairtrade Messe et Messe Düsseldorf, l’événement met cette année l’accent sur « l’expansion soutenue » et les « solutions de recyclage ». En Algérie, le plastique ne veut plus seulement être une matière ; il veut devenir une économie circulaire.
Smart Polymers Color : Le cri du cœur d’un industriel sans terrain
Au détour d’une allée, Makhlouf Azwaw, le patron de la marque Smart Polymers Color, incarne cette nouvelle génération d’investisseurs qui n’a pas peur de se lancer. Son usine, bien que jeune, affiche déjà des ambitions sérieuses. « J’ai fait mon début en 2021 avec les procédures qu’il faut, et depuis 2023 je suis en activité », explique-t-il. Son entreprise propose déjà une « centaine de produits en stock » et d’autres modèles sont à l’étude.
Le slogan de l’usine est clair : « Vous donnez la forme au plastique, nous lui donnons de la couleur ». Pourtant, derrière la réussite technique une production d’environ « quatre tonnes par jour » se cache un calvaire administratif. Makhlouf Azwaw importe sa matière première, car elle est « introuvable en Algérie », mais son vrai frein est le foncier. Faute d’avoir obtenu un lot dans une zone d’activité à Tizi Ouzou ou Bouira, il doit improviser : « J’ai loué plus de 30 garages uniquement pour stocker mes produits ». Pour lui, l’extension est impossible sans un terrain propice. L’industriel attend toujours une « réponse convaincante » des autorités pour enfin sortir de la précarité des garages loués.
Brum Recycling : Transformer les montagnes de déchets en opportunités à Mascara
Le salon est aussi le théâtre d’une prise de conscience environnementale majeure. L’Algérie souffre de ses déchets, mais des entreprises comme Brum Recycling (filiale du groupe Brumalgerie) ont décidé de les revaloriser. Basée à Oggaz (Mascara) avec un siège à Bir El Djir (Oran), cette unité est en activité depuis 2013 avec un objectif simple : « transformer les défis environnementaux en opportunités ».
La capacité industrielle ici est impressionnante : « plus de 300 mille tonnes par mois ». Le processus est millimétré. L’usine reçoit la matière brute, procède au « tri, recyclage, lavage et séparation des étiquettes » avant de proposer un produit fini prêt à être réutilisé. Déjà présente à Alger, l’entreprise ne compte pas s’arrêter là et espère « agrandir son marché dans l’avenir ». Brum Recycling est aujourd’hui l’exemple à suivre pour une Algérie qui cherche désespérément à donner une seconde vie à ses plastiques usagés.
Iris Polymère : La dépendance aux importations, frein à l’exportation massive
À Blida, du côté de Soumaa, l’usine Iris Polymère tourne à plein régime, mais elle se heurte à une demande qu’elle n’arrive « à peine à satisfaire ». Spécialisée dans les emballages, les tuyaux PVC et tout ce qui touche à la polymérie, l’entreprise fait face à un succès presque encombrant. Le responsable commercial est lucide : « On a vraiment un marché important ici en Algérie ».
L’idée d’exporter est là, les demandes internationales affluent, mais la réalité de la chaîne de production tempère les ardeurs. Pour Iris Polymère, le salut viendra de la fin de la dépendance aux importations. « On espère avoir cette matière première sur le marché local », affirme le responsable. Aujourd’hui, l’importation de la matière première agit comme un « frein pour notre capacité de production ». Si les intrants étaient produits localement, l’entreprise pourrait non seulement augmenter ses volumes mais aussi stabiliser ses prix, ouvrant enfin grand les portes du marché international.
Un secteur en pleine ébullition mais en quête de stabilité
Ce Salon Plast & Printpack Alger 2026 confirme une chose : l’industrie algérienne du plastique a le savoir-faire et la volonté. Qu’il s’agisse de colorer le plastique, de le recycler ou de le transformer en produits finis, les acteurs sont prêts. Cependant, le succès de demain dépendra de deux leviers cruciaux : la libération du foncier industriel pour permettre aux usines de sortir des garages, et la création d’une industrie pétrochimique locale capable de fournir la matière première. Sans ces deux clés, les transformateurs algériens continueront de pédaler contre le vent de l’importation.


