En juin 2023, Société Générale annonçait la cession simultanée de quatre filiales africaines, au Congo, en Guinée Équatoriale, en Mauritanie et au Tchad. Vista Bank et Coris Bank se partageaient le butin. Le communiqué de la banque de La Défense évoquait prudemment une volonté de “concentrer ses ressources sur les marchés où elle peut se positionner parmi les banques de tout premier plan”. La formule soigneusement calibrée ne disait pas ce qu’elle signifiait réellement : un décrochage continental accéléré, dont personne ne connaît encore le terme.
Depuis lors, la banque a enchaîné les cessions sur l’ensemble du continent. La filiale marocaine est partie pour 745 millions d’euros en avril 2024. La filiale guinéenne a été cédée à Atlantic Financial Group. En moins de trente mois, la troisième banque française a liquidé l’essentiel de ce que ses prédécesseurs avaient mis des décennies à bâtir.
Un mouvement d’ensemble
Le repli de Société Générale ne serait qu’anecdotique s’il était isolé. BNP Paribas, Barclays et Standard Chartered ont suivi le même chemin, chacun à son rythme. BNP a revendu ses participations au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon et en Tunisie. Standard Chartered a cédé cinq filiales africaines d’un coup en 2022. BNP Paribas a fermé sa branche corporate en Afrique du Sud en avril 2024.
Les motivations officielles varient. En réalité, elles convergent. Fitch Ratings a établi en avril 2024 que ce retrait correspond à l’appétit pour le risque conservateur des banques européennes et à leurs efforts pour optimiser les actifs pondérés, dans le cadre d’une surveillance prudentielle plus stricte que la réglementation locale. Des filiales subsahariennes consommatrices de capital, pour des rendements jugés insuffisants.
Les héritiers panafricains
Le vide laissé par les Européens est comblé à une vitesse que peu d’analystes avaient anticipée. Vista Bank a porté sa présence à 16 pays africains en rachetant plusieurs filiales de Société Générale. Coris Bank, déjà implantée dans 11 pays, a finalisé le rachat de la filiale tchadienne en janvier 2024. Atlantic Financial Group a repris la Guinée. Fitch note que cette concurrence accrue devrait stimuler la croissance du crédit, les filiales françaises ayant longtemps évité certains segments du marché par excès de prudence.
L’exception algérienne, provisoire ?
Au milieu de ce mouvement généralisé, l’Algérie occupe une position singulière. Trois filiales françaises restent agréées dans le pays, Natixis, Société Générale et BNP Paribas, aux côtés de Citibank et HSBC. Société Générale Algérie, première banque privée étrangère du pays, affiche 441 milliards de dinars de total bilan et un réseau de 104 agences. Un actif de cette taille ne se cède pas sans susciter des arbitrages délicats avec l’Algérie.
La réglementation bancaire algérienne, qui soumet toute cession à l’agrément de la Banque d’Algérie, constitue un cadre peu accommodant pour des transactions rapides. Le retrait de BNP Paribas de la Bourse d’Alger en septembre 2025 relevait de motivations stratégiques internes, le régulateur n’ayant fait qu’entériner un choix déjà arrêté par la maison mère.
Rappelons que Société Générale a convoqué son prochain Capital Markets Day pour le 21 septembre 2026, où elle présentera son futur plan stratégique. La filiale algérienne n’a fait l’objet d’aucune annonce à ce jour.


