“Aucun armateur ne bougera sans couverture” : la coalition pour Hormuz bute sur les assureurs

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Un cargo dans le détroit d'Hormuz, par lequel transite un cinquième du pétrole mondial. Depuis le 5 mars, les grands assureurs maritimes ont suspendu leurs garanties.

Interviewé par Al Jazeera, l’expert pétrolier Mamdouh Salameh estime que la coalition de vingt pays proposée par Washington ne rouvrira pas le détroit. Les grands assureurs maritimes ont retiré leurs garanties dès le 5 mars.

Depuis le 2 mars, aucun pétrolier ne diffuse de signal dans le détroit d’Hormuz. Le trafic y est tombé à 97 % en dessous de la moyenne. Vingt pays ont annoncé vouloir sécuriser le passage. Les dirigeants britannique, français, allemand, italien, néerlandais et japonais ont signé une déclaration commune sans préciser ce qu’ils feraient concrètement.

Pour Mamdouh Salameh, expert en marchés pétroliers basé à Londres, l’annonce ne change rien. Interrogé par Al Jazeera, il tranche : « La mainmise de l’Iran sur le détroit est totale. Toute tentative de forçage se solderait par une frappe et un naufrage. » Le problème n’est pas militaire. Il est actuariel.

La couverture guerre retirée le 5 mars

Avant même le 28 février, les primes d’assurance guerre avaient déjà triplé, passant de 0,125 % à 0,4 % de la valeur du navire par transit, soit un quart de million de dollars supplémentaire pour un superpétrolier. Puis les P&I clubs londoniens, qui couvrent l’essentiel de la flotte mondiale, ont suspendu leurs polices. Sans couverture depuis le 5 mars, aucun armateur sérieux ne risque un navire dans le détroit.

Salameh place ce mécanisme au centre de son raisonnement : la perte d’un superpétrolier se chiffre en milliards. Les escortes navales n’y changeront rien.

Les faits lui donnent raison. L’Inde, le Pakistan et la Chine ont bien fait passer des navires, mais sans forcer le passage : ils ont négocié directement avec Téhéran, parfois au niveau des chefs de gouvernement. L’Iran, lui, met en place un système de vetting géré par les Gardiens de la Révolution pour filtrer les navires autorisés à passer.

Le Centcom affirme avoir dégradé les capacités iraniennes

L’amiral Brad Cooper, chef du commandement américain pour le Moyen-Orient, a soutenu que la capacité iranienne avait été dégradée après des frappes sur des dépôts de missiles antinavires. Les P&I clubs londoniens n’ont pas rouvert leurs polices.

Salameh balaie la rhétorique de la victoire américaine. “Si Washington avait gagné ce bras de fer, le détroit serait ouvert. Il ne l’est pas”, tranche-t-il. C’est d’ailleurs pourquoi, Trump a lancé samedi un ultimatum de 48 heures à Téhéran, menaçant ses centrales électriques. Les Gardiens de la Révolution ont répondu qu’aucun navire allié ne passerait, et que le baril pourrait monter à 200 dollars. Le Brent terminait vendredi à 103 dollars, après un pic à 120 dollars. “C’est Téhéran qui décide du sort de chaque cargaison”, conclut Salameh.

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