“Lorsque je vois certains pays qui ne possèdent que 15 % de leurs ressources, je trouve ça inacceptable, pour ne pas dire autre chose”. Le chiffre est tombé sur les ondes de la Chaîne 3 ce lundi, dans la bouche du secrétaire général de l’Organisation des producteurs de pétrole africains (APPO), Farid Ghezali. Invité de Souhila Dahmoun, il a remis sur la table un constat formulé dans son éditorial de mai 2026 : la “disparité énorme” entre les régimes juridiques qui encadrent l’extraction pétrolière et gazière sur le continent.
L’APPO regroupe dix-huit pays producteurs. Le diagnostic, partagé en interne de l’organisation, fait apparaître des écarts considérables dans la part des ressources que les États membres parviennent effectivement à capter. Pour Farid Ghezali, l’origine du déséquilibre tient à un déficit d’investissement national qui ouvre la porte aux opérateurs étrangers. “On laisse les partenaires prendre l’initiative dans ces codes pétroliers. Ils prennent un avantage assez flagrant, c’est dans l’investissement, dans l’apport de la technologie, l’apport des ressources. Lorsque ces codes pétroliers sont proposés par ces partenaires, je trouve que ça n’aide pas la souveraineté énergétique de certains pays.”
“Plus de 88 % appartiennent à l’Algérie”
À ce modèle, le secrétaire général oppose celui de son propre pays. Sur les dix-huit membres de l’APPO, “l’Algérie est le seul pays qui a produit, de l’exploration jusqu’au transport maritime jusqu’au consommateur final, plus de 75 % de sa production”, a-t-il avancé. Aux 75 % réalisés en propre s’ajoute la part algérienne dans les 25 % restants produits en partenariat. La règle dite du 51/49, maintenue dans la loi hydrocarbures de 2019 pour l’ensemble des contrats du secteur, attribue à Sonatrach une majorité automatique du capital dans toute association. “J’ai plus de 88 % qui sont produits et appartiennent à l’Algérie. C’est exceptionnel. En Afrique, vous n’avez aucun pays qui fait la même chose.”
Le calcul, livré à l’antenne, agrège la production opérée en autonomie par Sonatrach et la quote-part nationale dans les partenariats avec les majors. Il ne distingue pas les volumes physiques produits de la valeur effectivement captée par l’État algérien après application du régime fiscal en vigueur, allégé par la loi de 2019 pour ramener la pression fiscale globale autour de 60 à 65 %.
Convergence plutôt que copie
L’APPO a lancé une initiative d'”harmonisation” des codes pétroliers de ses membres. Le terme, soigneusement choisi par Farid Ghezali, désigne moins l’adoption d’un texte unique qu’un rapprochement progressif des cadres réglementaires. “Au-delà de l’harmonisation, c’est surtout une convergence que nous recherchons à travers ces codes pétroliers, pour pouvoir dire que ces ressources qui sont africaines doivent d’abord profiter aux Africains.”
L’organisation se positionne en assistance technique aux États “très demandeurs”, sans préciser à l’antenne lesquels sont engagés dans la démarche. Plusieurs pays du Golfe de Guinée et de l’Afrique australe restent liés à des contrats de partage de production hérités des années 1990 et 2000, négociés dans un rapport de force défavorable aux États producteurs. La marge de manœuvre des gouvernements concernés se heurte aux clauses de stabilisation contractuelle qui figent les conditions fiscales sur la durée des permis.
Farid Ghezali a tenu à désamorcer toute lecture du dossier comme une mise à l’écart des investisseurs étrangers. “Les investisseurs ne sont pas des décideurs. Il faut partir de ce point de départ que ces investisseurs sont là pour faire du profit. Mais pas sur le dos de certaines institutions. Ils feront un profit, mais ça sera des contrats gagnant-gagnant”. La ligne politique de l’APPO tient à cette distinction : l’organisation ne conteste pas la légitimité du capital privé international à se rémunérer, elle conteste la captation asymétrique de la rente.
Le lancement de la Banque africaine de l’énergie, prévu fin juillet 2026 pour une activité en août, viendra adosser cette démarche réglementaire à un véhicule de financement panafricain. L’institution doit permettre aux compagnies pétrolières nationales africaines de s’émanciper partiellement des bailleurs occidentaux, dont le retrait du financement amont avait précisément renforcé la dépendance aux opérateurs étrangers que dénonce aujourd’hui le secrétaire général. La prochaine échéance publique pour Farid Ghezali sera l’African Energy Week, du 12 au 16 octobre au Cap.


