Sur une route courte mais risquée : trois Algériens disparaissent en tentant de rejoindre Ceuta à la nage

Mustafa (32 ans), Omar (42 ans) et Iskandar (20 ans) sont portés disparus depuis vendredi 17 juillet après avoir tenté de rejoindre à la nage l'enclave espagnole de Ceuta depuis les côtes marocaines. Leur dernier appel de détresse s'est interrompu en pleine mer. Ce nouveau drame rappelle que, malgré la baisse des arrivées irrégulières en Espagne à partir du Maroc, la route de Ceuta demeure l'une des plus dangereuses de la Méditerranée occidentale.

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Les photos de trois Algériens disparus diffusées sur les réseaux sociaux publiées par le site espagnol El Faro de Ceuta,

Trois familles algériennes vivent depuis plusieurs jours dans l’angoisse. Selon le site espagnol El Faro de Ceuta, Mustafa (32 ans), Omar (42 ans) et Iskandar (20 ans), trois amis originaires d’Algérie, ont disparu après avoir tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta à la nage depuis la région de Fnideq (Castillejos), dans le nord du Maroc.

Les trois hommes se seraient mis à l’eau vendredi 17 juillet vers 7 heures du matin. Pour augmenter leurs chances de réussite, ils portaient des combinaisons en néoprène – bleue, grise et noire – ainsi que des palmes. Leur objectif était de contourner par la mer le dispositif frontalier du Tarajal afin d’atteindre discrètement le territoire espagnol.

Au cours de la traversée, les trois amis ont réussi à passer un dernier appel téléphonique. Selon El Faro de Ceuta, ils ont indiqué qu’ils se trouvaient en mer, qu’ils apercevaient une montagne au loin et qu’ils avaient besoin d’aide. La communication s’est ensuite brutalement interrompue. Depuis, aucune trace d’eux n’a été retrouvée.

L’inquiétude s’est rapidement propagée parmi les Algériens présents à Ceuta. Des proches et des amis ont diffusé leurs photographies sur les réseaux sociaux et lancé un appel à témoins afin de recueillir toute information susceptible de permettre de les retrouver. Pour leurs familles, chaque heure qui passe alimente un peu plus l’angoisse.

Ceuta, une route toujours meurtrière

Mais cette disparition est loin d’être un cas isolé. Depuis plusieurs mois, les autorités espagnoles constatent une multiplication des tentatives de franchissement à la nage entre les côtes marocaines de Fnideq et l’enclave de Ceuta. Cette route, longue de quelques kilomètres seulement, est pourtant l’une des plus dangereuses de la Méditerranée occidentale en raison des courants, de la température de l’eau et de l’intensification de la surveillance aux frontières.

Selon El Pueblo de Ceuta, qui cite le cabinet de communication de la Guardia Civil, 46 corps de migrants ont été retrouvés sur le littoral de Ceuta en 2025, un record pour l’enclave espagnole. Le média souligne également que 21 décès avaient déjà été recensés depuis le début de 2026, soit autant que sur l’ensemble de l’année 2024.

Cette évolution concerne également les ressortissants algériens. Alors que la harga vers l’Espagne s’effectue traditionnellement, principalement par bateau depuis les côtes de l’ouest algérien, mais aussi depuis la région d’Alger, des candidats algériens à l’émigration clandestine sont également signalés sur l’itinéraire passant par le nord du Maroc avant de tenter les quelques kilomètres qui séparent Fnideq de Ceuta. Cette présence est d’autant plus remarquable que la frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est officiellement fermée depuis 1994.

La plupart utilisent des combinaisons en néoprène, des palmes et parfois des pochettes étanches pour protéger leur téléphone portable, espérant rester en contact avec leurs proches jusqu’au dernier moment. Beaucoup sous-estiment cependant la violence des courants, l’épuisement physique et les risques liés à une traversée qui peut rapidement tourner au drame.

Itinéraires en recomposition

La disparition de Mustafa, Omar et Iskandar rappelle ainsi que Ceuta n’est pas seulement un point de passage vers l’Europe. Si les flux migratoires en provenance du Maroc ont sensiblement diminué ces dernières années, dans le contexte du rapprochement entre Madrid et Rabat et du renforcement de leur coopération en matière de contrôle migratoire, l’enclave espagnole demeure un foyer de forte pression migratoire.

Comme l’a relevé El Confidencial, Ceuta est aujourd’hui le seul front migratoire en provenance du Maroc où les arrivées irrégulières continuent de progresser, notamment à travers les tentatives de franchissement à la nage.

Cette réalité locale s’inscrit dans une évolution plus large des routes migratoires. Dans son dernier bilan publié le 10 juillet, Frontex indique que les franchissements irréguliers aux frontières extérieures de l’Union européenne ont reculé de 37 % au premier semestre 2026. L’agence souligne toutefois que la route de la Méditerranée occidentale a été la seule grande route migratoire à enregistrer une augmentation, avec une hausse de 17 % des détections, principalement due aux départs d’Algérie.

Le cas des candidats algériens qui transitent par le nord du Maroc avant de tenter la traversée à la nage vers Ceuta illustre cette recomposition des itinéraires migratoires. Pour les familles de Mustafa, Omar et Iskandar, ces évolutions statistiques importent peu aujourd’hui. Leur seul espoir reste qu’un appel ou un témoignage vienne mettre fin à plusieurs jours d’une attente aussi douloureuse qu’incertaine.

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