Le président Abdelmadjid Tebboune a salué lundi l’adhésion des autorités espagnoles à la démarche de l’Algérie visant à récupérer les avoirs issus de la corruption. Présentée comme ayant déjà produit des « résultats satisfaisants », cette coopération judiciaire s’affirme comme un nouveau volet du rapprochement entre Alger et Madrid, au-delà des seuls dossiers économiques et énergétiques.
À l’issue de ses entretiens avec le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, le président Abdelmadjid Tebboune a mis en avant la qualité de la coopération entre les deux pays dans un domaine rarement évoqué publiquement : la récupération des fonds détournés. Après avoir rappelé que les discussions avaient porté sur l’énergie, les énergies renouvelables, les échanges commerciaux, l’investissement, ainsi que sur la coopération sécuritaire, judiciaire et consulaire, le chef de l’État a tenu à adresser un remerciement explicite aux autorités espagnoles.
« Je remercie les autorités espagnoles pour leur adhésion à la démarche de l’Algérie visant à récupérer les fonds détournés, ce qui a permis d’obtenir des résultats satisfaisants », a-t-il déclaré lors de la conférence de presse conjointe. Cette déclaration confirme que la coopération judiciaire figure désormais parmi les axes du partenariat algéro-espagnol, aux côtés de l’énergie, des investissements et de la sécurité.
Une coopération judiciaire encore discrète
Le président Tebboune n’a pas précisé quels biens ou quelles procédures étaient concernés. Ce n’est toutefois pas la première fois que l’Espagne est citée dans ce dossier. En octobre 2025, le chef de l’État avait évoqué le cas de l’hôtel El Palace de Barcelone, présenté comme un exemple de récupération d’un bien acquis avec des fonds issus de la corruption.
Ce dossier présente toutefois une configuration particulière. La récupération de cet actif s’inscrivait dans le cadre de la transaction judiciaire conclue entre l’ancien homme d’affaires Ali Haddad et les autorités algériennes, qui a conduit au transfert de plusieurs de ses biens au profit de l’État. Il ne peut donc être considéré, à lui seul, comme l’illustration de la coopération judiciaire évoquée lundi entre Alger et Madrid.
Le principal actif connu demeure ainsi l’hôtel El Palace de Barcelone. Si l’État algérien en est aujourd’hui propriétaire, sa cession reste compliquée par un contrat de gestion conclu à l’époque par Ali Haddad au profit d’une société dirigée par Radia Bouziane, qui représentait ses intérêts en Espagne. Une situation qui continue de compliquer une éventuelle vente de l’établissement, dont la valeur est estimée à près de 100 millions d’euros.
Plus récemment, en avril dernier, lors d’un Conseil des ministres consacré notamment à la récupération des biens détournés, Abdelmadjid Tebboune avait annoncé que l’Algérie allait récupérer plus de 110 millions de dollars de fonds gelés en Suisse. Il avait alors salué la coopération de la Suisse, mais aussi celle de l’Espagne, sans toutefois préciser les procédures ou les dossiers concernés.
Avec la Suisse, l’Espagne est ainsi l’un des très rares pays publiquement cités par Abdelmadjid Tebboune comme ayant apporté une coopération jugée satisfaisante aux démarches engagées par l’Algérie pour récupérer les avoirs détournés à l’étranger. Les autorités algériennes n’ont cependant communiqué aucun détail sur la nature des biens concernés ni sur l’état d’avancement des différentes procédures.
Un contraste avec les critiques adressées à la France
Au-delà de l’aspect judiciaire, les propos du président algérien témoignent de l’élargissement du rapprochement entre Alger et Madrid, amorcé après la normalisation des relations bilatérales à la suite de la crise diplomatique de 2022. Alors que les deux pays ont déjà relancé leur coopération dans les domaines de l’énergie, des investissements, des transports, de la sécurité et de la préparation de la prochaine Réunion de haut niveau (RHN), la récupération des avoirs détournés apparaît désormais comme un nouveau domaine de collaboration entre les deux États.
La récupération des avoirs issus de la corruption constitue l’une des priorités affichées des autorités algériennes depuis plusieurs années. À plusieurs reprises, Alger a estimé que certains partenaires étrangers ne répondaient pas de manière satisfaisante à ses demandes d’entraide judiciaire visant à identifier, geler et restituer les fonds détournés. Les responsables algériens ont notamment cité la France parmi les pays dont la coopération est jugée insuffisante.
En avril dernier, Abdelmadjid Tebboune avait ainsi affirmé que les autorités françaises n’avaient donné aucune suite aux dizaines de commissions rogatoires adressées par l’Algérie dans le cadre de ces procédures. Les autorités françaises n’ont pas repris cette appréciation, mettant généralement en avant le fonctionnement de leur système judiciaire et les règles encadrant la coopération judiciaire internationale.
À ce stade, les autorités algériennes n’ont rendu publics ni les biens concernés, ni les procédures ayant conduit aux « résultats satisfaisants » évoqués par le président Tebboune. En dehors du dossier de l’hôtel El Palace de Barcelone, aucun autre actif situé en Espagne n’a été officiellement identifié.
La déclaration du chef de l’État témoigne d’une volonté politique de mettre en avant la coopération avec Madrid. Sa portée concrète dépendra toutefois de procédures judiciaires souvent longues et complexes ainsi que de la publicité qui sera donnée, le cas échéant, aux éventuelles restitutions d’avoirs.


