Cinq ans après les mesures exceptionnelles annoncées par le président Kaïs Saïed le 25 juillet 2021, la Tunisie est confrontée à une contestation qui mêle désormais revendications politiques et exaspération sociale. À l’occasion de la Fête de la République, des manifestations ont eu lieu ce samedi dans la capitale, où des manifestants se sont rassemblées pour dénoncer la concentration des pouvoirs, la dégradation de la situation économique et les coupures répétées d’électricité qui frappent le pays en pleine canicule.
Les rassemblements se sont principalement déroulés sur l’avenue Habib-Bourguiba, haut lieu de la contestation tunisienne depuis la révolution de 2011. Les manifestants ont scandé des slogans dénonçant le recul des libertés, la crise du pouvoir d’achat et les délestages qui perturbent le quotidien des Tunisiens. Selon des sources locales, un important dispositif sécuritaire a été déployé dans le centre de Tunis. En fin de journée, aucun bilan officiel ne faisait état d’arrestations ou d’incidents majeurs.
Cette journée revêt une forte portée symbolique. Le 25 juillet marque à la fois la proclamation de la République tunisienne en 1957 et le cinquième anniversaire de la décision de Kaïs Saïed de suspendre les travaux du Parlement, de limoger le chef du gouvernement et de gouverner par décrets.
Présentées à l’époque comme une réponse à la paralysie politique, ces mesures ont profondément reconfiguré le paysage institutionnel tunisien. Une nouvelle Constitution, adoptée en 2022, a renforcé les prérogatives présidentielles, tandis que plusieurs institutions issues de la transition démocratique ont été remaniées ou affaiblies.
Si une partie de la population avait initialement accueilli favorablement cette concentration des pouvoirs, dans l’espoir d’un redressement économique et d’une lutte plus efficace contre la corruption, le contexte a considérablement évolué.
Les partis d’opposition, des organisations de la société civile et plusieurs ONG dénoncent aujourd’hui une dérive autoritaire, évoquant des restrictions des libertés publiques, des poursuites visant des opposants, des journalistes et des magistrats, ainsi qu’un rétrécissement de l’espace politique.
Au-delà des questions institutionnelles, la crise économique apparaît désormais comme le principal moteur du mécontentement populaire. Inflation persistante, chômage élevé, difficultés d’approvisionnement et baisse du pouvoir d’achat alimentent une frustration grandissante.
À cette situation s’ajoutent, ces derniers jours, des coupures d’électricité et d’eau à répétition, aggravées par une vague de chaleur exceptionnelle. Les délestages ont suscité une vive colère dans plusieurs régions du pays, où les habitants dénoncent les perturbations de leur quotidien et l’absence de solutions durables.
Plusieurs organisations nationales, ont exprimé leurs inquiétudes face à la dégradation de la situation économique et sociale. Elles estiment que les promesses de redressement formulées après le tournant de 2021 ne se sont pas traduites par une amélioration tangible des conditions de vie de la population.
Les critiques ne portent plus uniquement sur l’architecture politique mise en place depuis cinq ans, mais aussi sur les difficultés économiques qui affectent directement les ménages. Cette convergence entre revendications démocratiques et préoccupations sociales pourrait constituer un défi majeur pour le pouvoir dans les prochains mois.

