ZLECAf : quatre ans après, le commerce intra-africain ne plafonne qu’à 15 %

8 min de lecture
Port de Lagos. Le Nigeria représente le premier hub commercial d'Afrique de l'Ouest, avec 23,3 % des flux intra-africains. (image Dreamtime)
Ajoutez Maghreb Émergent sur Google pour trouver du contenu similaire

L’Afrique australe pèse 42 % du commerce intra-africain. L’Afrique du Nord, 12,6 %. Le rapport annuel d’Afreximbank radiographie un continent qui continue de vendre vers l’extérieur plutôt qu’à ses voisins.

Quinze pour cent. C’est la part du commerce intra-africain dans les échanges totaux du continent avec le monde, selon le rapport Africa in Figures 2025 de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). En valeur absolue, deux cent six milliards de dollars échangés entre pays africains en 2024, soit une hausse de 5,4 % sur un an. L’Union européenne commerce à plus de 60 % avec elle-même. L’Asean dépasse 25 %.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), entrée en vigueur en 2021, devait réduire cet écart. Quatre ans après son lancement, le rapport ne constate pas de rupture.

«La nécessité d’amplifier ses financements»

La géographie de ces échanges dit beaucoup sur les déséquilibres persistants. L’Afrique australe concentre 42,1 % des flux intra-africains, avec l’Afrique du Sud comme pivot incontournable : quarante-deux virgule deux milliards de dollars d’échanges avec ses partenaires africains, soit près d’un cinquième du total continental. L’Afrique de l’Ouest suit à 23,3 %, portée par le Nigeria et la Côte d’Ivoire, mais aussi par le Mali, dont la part de 4,7 % du commerce intra-africain repose sur ses exportations d’hydrocarbures.

L’Afrique du Nord plafonne à 12,6 %. Cinq pays dotés de façades méditerranéennes, de ports fonctionnels et d’un tissu productif relativement dense, qui restent en marge des flux régionaux. Pour l’Algérie, dont les échanges avec le reste du continent atteignaient quatre virgule six milliards de dollars en 2023, la Tunisie demeure de loin le premier partenaire africain. Le commerce s’oriente vers l’Europe, pas vers le sud.

L’Afrique centrale, pourtant considérable par sa démographie et ses ressources minières, ne contribue qu’à 7,5 % des échanges. Le rapport reconnaît lui-même que «la reprise du commerce intra-africain masque des disparités significatives entre régions et pays» et souligne «la nécessité pour le continent d’amplifier ses financements pour accélérer l’industrialisation et la création de valeur ajoutée dans le cadre de la ZLECAf».

Commerce intra-africain — ZLECAf 2024

Des obstacles qui ne sont pas tarifaires

Le démantèlement progressif des droits de douane sur 90 % des marchandises échangées entre les 54 États signataires avance, mais le commerce intra-africain bute sur d’autres obstacles. Les barrières non tarifaires persistent. Les réseaux de transport entre sous-régions restent lacunaires. Les cadres réglementaires s’emboîtent mal. Et une fièvre protectionniste qui s’est emparée de plusieurs économies du continent aggrave cette tendance.

Le système de paiement panafricain PAPSS, porté par Afreximbank, tente de s’attaquer à un verrou différent en permettant de régler des transactions en monnaies locales sans transiter par le dollar. Sa généralisation progresse lentement.

La hausse de 5,4 % en 2024 doit aussi se lire avec son contexte immédiat : elle fait suite à un recul de 5,9 % en 2023. Sur deux ans, le solde est à peine positif.

La prochaine Foire commerciale intra-africaine se tiendra à Lagos en 2027, avec un objectif annoncé de cinquante milliards de dollars en accords commerciaux et d’investissement. Après Alger en 2025, le Nigeria prend le relais. Le rapport lui-même identifie les «risques géopolitiques, guerres commerciales et incertitude accrue des politiques» comme autant de variables qui pèsent sur les perspectives du continent, sans que la ZLECAf dispose aujourd’hui des instruments pour en amortir les effets.

Partager cet article