120 milliards de dollars de demandes d’importation en Algérie, un montant “impossible” pour un économiste

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Un chiffre spectaculaire circule sur les demandes d’importation en Algérie. Selon un rapport publié par le quotidien arabophone Echourouk, la valeur des demandes déposées via la plateforme numérique consacrée au programme prévisionnel d’importation aurait dépassé les 120 milliards de dollars durant le second semestre 2026.

Il ne s’agit pas de 120 milliards de dollars d’importations réalisées. Ce montant correspondrait à la valeur des demandes introduites par les opérateurs économiques. Ces dossiers sont encore soumis à l’examen et à la vérification des autorités. L’information n’a pas encore été confirmée officiellement par le ministère concerné. En attendant une communication officielle, comme cela se fait habituellement pour ce type de données.

Un chiffre de 120 milliards de dollars qui demande des explications

Selon les informations rapportées par Echorouk, les demandes enregistrées sur la plateforme concernent principalement l’importation de matières premières, d’équipements de production et d’intrants destinés à différentes activités économiques.

Le journal souligne cependant d’importantes différences entre la taille de certaines entreprises et les montants demandés. Plus de 20 milliards de dollars de demandes auraient ainsi été déposées par des entreprises employant entre zéro et cinq salariés.

Un opérateur comptant seulement neuf employés aurait déposé une demande proche de 3,5 milliards de dollars pour l’importation de piscines préfabriquées et d’équipements destinés aux manèges et aux événements.

Dans le secteur agricole, une entreprise individuelle aurait demandé près de 200 millions de dollars pour importer des poussins. Un autre opérateur aurait introduit une demande proche de 600 millions de dollars pour des tissus et des tapis.

Ces chiffres ne constituent pas des opérations réalisées. Ils correspondent à des demandes qui doivent encore être étudiées. C’est justement cette différence qui est essentielle. Une demande d’importation ne signifie pas automatiquement qu’un paiement sera effectué ou que la marchandise entrera effectivement en Algérie.

« Comment peut-on engager 120 milliards de dollars d’opérations d’importation ? »

Contacté par Maghreb Émergent, l’économiste Boukhrouf Belkacem se montre très réservé face à ce chiffre. « Avec ce chiffre, c’est comme s’il y avait une dynamique, il y a une attente, alors que c’est le contraire. Et puis comment peut-on engager 120 milliards de dollars d’opérations d’importation ? Notre dispositif bancaire, notre dispositif logistique, les ports et les aéroports sont loin de répondre à cette demande de marchandises », estime-t-il.

Pour l’économiste, le premier problème concerne donc la capacité réelle du système économique à absorber un tel volume. Une demande de 120 milliards de dollars ne se limite pas à une inscription sur une plateforme. Elle suppose des paiements, des crédits documentaires, des opérations bancaires, du transport maritime et aérien, des capacités portuaires, du stockage et enfin la distribution des marchandises.

Or, selon Boukhrouf Belkacem, les infrastructures et les différents dispositifs ne permettent pas d’envisager facilement une telle masse d’opérations. L’économiste met également en doute la qualité de l’information. « L’information n’est pas sourcée ni documentée et elle est aussi exagérée si on procède à la méthode projective », affirme-t-il.

Il rappelle que la facture des importations algériennes était d’environ 29 milliards de dollars en 2025. « Si on compare l’année 2025, durant laquelle on était sur 30 milliards de dollars durant l’année, pour se retrouver au deuxième semestre de 2026 avec 120 milliards de dollars, cela est impossible », poursuit-il.

Pour lui, les montants présentés dans certains dossiers renforcent encore les interrogations. « Nous n’avons pas d’entreprises privées avec une capitalisation de 3,5 milliards de dollars pour demander des importations à ce chiffre, ni même des entreprises avec un capital de 600 millions de dollars pour importer à ce taux. C’est inconséquent et inconcevable », explique l’économiste.

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