2050, l’Algérie a sous-estimé les 2 degrés de plus et le paye déjà

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Le rechaufement climatique risque de faire de plusieures region de l'algerie des zones inhabilitables

Symbolique morbide du drame de l’orphelinat, l’Algérie brûle derrière ses barreaux. Depuis dix jours, le pays vit sous un dôme de chaleur qui n’épargne aucune région : jusqu’à 49°C dans plusieurs wilayas du Nord et des Hauts Plateaux, des alertes rouges en cascade de l’Office national de la météorologie, et une géographie des dangers qui a changé d’échelle. Les incendies se comptent désormais par dizaines chaque jour — jusqu’à plus d’une centaine de départs de feu recensés en une seule journée à la mi-juillet — mobilisant des milliers de pompiers, des bombardiers d’eau et des évacuations préventives dans plusieurs wilayas de l’Est et du Centre. Le réseau électrique, sollicité par la climatisation, vacille au point que la question de fermer les commerces aux heures les plus chaudes s’est invitée dans le débat public. Et derrière les chiffres officiels, une réalité moins commentée : la surmortalité liée à la chaleur, les malaises domestiques, les accidents du travail en plein air, que personne ne recense encore de façon systématique en Algérie. Ce n’est plus un épisode météorologique. C’est un basculement.

Le Maghreb, punition en avance sur le monde

Ce que vit l’Algérie cet été n’est pas un accident statistique isolé mais la traduction locale d’un phénomène régional documenté : l’Afrique du Nord et le Proche-Orient se réchauffent deux fois plus vite que la moyenne mondiale, selon l’Organisation météorologique mondiale, qui a fait de 2024 l’année la plus chaude jamais enregistrée dans la région, avec un dépassement de plus d’un degré par rapport à la moyenne 1991-2020. Les projections des experts du climat sont plus sombres encore pour les décennies qui viennent : dans certaines zones du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, les scénarios les plus pessimistes évoquent des journées dépassant 50°C, au point de questionner l’habitabilité humaine de certains territoires avant la fin du siècle. L’Algérie, par sa position géographique, sa semi aridité et la relative faible qualité de ses terres agricoles, figure parmi les pays les plus exposés du continent à ce basculement. Le message des climatologues est constant depuis dix ans : ce que le pays vit aujourd’hui à +1,2°C de réchauffement global sera la norme d’un été frais dans le scénario à +2°C que la trajectoire actuelle rend quasiment inévitable d’ici 2050.

Un cadre climatique qui existe sur le papier, pas sur le terrain

L’Algérie, même si elle en donne l’impression, n’a pas totalement ignoré le sujet climatique. Elle a ratifié l’Accord de Paris en 2016, promis une réduction de 7 à 22% de ses émissions de gaz à effet de serre à l’échéance 2030, et adopté en 2019 un Plan National Climat listant 64 actions d’adaptation censées structurer sa résilience. Sur le terrain de la prévention incendie, des progrès techniques réels ont été enregistrés en 2025, avec des surfaces brûlées en net recul grâce aux drones, à l’imagerie satellitaire et aux interventions aériennes. Mais ce socle documentaire n’a jamais été porté au rang de priorité nationale assumée. L’ambition de réduction carbone est maltraitée. Elle reste en plus conditionnée en partie à un financement extérieur incertain ; le Plan National d’Adaptation, sollicité auprès du Fonds vert pour le climat dès 2018, n’a toujours pas abouti à un document opérationnel ; et la question climatique n’occupe l’agenda politique que le temps d’une crise, sans jamais s’installer dans le débat institutionnel ni dans la loi. L’Algérie officielle n’a pas construit de discours climatosceptique à la manière des États-Unis de Trump ou du Brésil e Bolsonaro : elle a simplement choisi le silence, ce qui revient, dans les faits, à un même retard d’action.

Le scénario du Golfe, sans les moyens du Golfe

Est-il déjà trop tard pour rattraper ce retard ? La question mérite d’être posée franchement. Les experts alertent sur des risques qui ne sont plus théoriques : des zones du territoire national pourraient devenir difficilement vivables une partie de l’année, des mouvements de population internes des régions intérieures vers le littoral ou l’inverse sont déjà anticipés par les démographes du climat, la consommation énergétique carbonée nécessaire pour climatiser un pays de plus en plus chaud devient insoutenable budgétairement et écologiquement, et la productivité du travail en extérieur — bâtiment, agriculture — s’érode mécaniquement à mesure que les jours de chaleur extrême se multiplient. Le nord de l’Algérie prend, climatiquement, le chemin des pays du Golfe — chaleur extrême, dépendance à la climatisation, stress hydrique chronique — sans disposer ni de leur rente par habitant, ni encore de leurs infrastructures de désalinisation et de refroidissement urbain à grande échelle. Le climat de l’Arabie Saoudite sans ses moyens ? C’est peut-être la phrase la plus inquiétante que l’on puisse écrire sur l’avenir climatique du pays.

Sortir le climat du silence institutionnel

Le vrai chantier n’est donc pas d’écrire un nouveau plan, mais d’exécuter celui qui existe déjà. Cela suppose un débat parlementaire assumé, aboutissant à des lois contraignantes sur la transition énergétique et l’adaptation, et non plus seulement des feuilles de route techniques votées en conseil des ministres sans relais médiatique ni société civile associée. Cela suppose aussi une présence algérienne plus offensive dans les COP, dont le pays s’est longtemps tenu en marge alors qu’elles sont précisément l’enceinte où un Plan National d’Adaptation peut être validé, défendu, et adossé aux mécanismes de financement climatique international — les besoins algériens en la matière sont chiffrés à plus d’un milliard de dollars par an, une somme hors de portée du seul budget national. L’été 2026, avec ses records de chaleur, ses incendies à répétition et ses premiers signes de fragilité sociale, doit marquer un tournant : le climat ne peut plus rester un angle mort du narratif officiel algérien.

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