Au lendemain de l’interdiction à Alger de la vente-dédicace du livre de Fatma Oussedik, « Les identités rebelles : repenser sa propre histoire », un autre acte de censure vient frapper le film « L’Arabe » (The Arab) du réalisateur Malek Bensmaïl.
Alors qu’il devait être projeté dans le cadre du Festival du film méditérannéen d’Annaba, prévu du 24 au 30 avril, le film a été déprogrammé, a indiqué le réalisateur sur son compte Facebook.
« Alors que mon film The Arab, produit avec l’argent public de mon pays, circule librement et est accueilli avec respect dans de nombreux festivals et salles à travers le monde (Pays-Bas, Russie, États-Unis, Australie, Belgique, Croatie, Italie…), sa première algérienne, annoncée dans le cadre de l’Annaba Mediterranean Film Festival, vient d’être annulée, sans la moindre explication claire ni transparente », déplore-t-il.
Un film reconnu à l’international
« Comment accepter qu’un film qui réunit l’actrice palestinienne Hiam Abbass, Ahmed Benaïssa dans sa dernière apparition à l’écran, ainsi que Nabil Asli et Dali Benssalah, Brahim Derris… se retrouve déprogrammé pour une sombre histoire de visa d’exploitation non attribué ? », s’interroge-t-il.
Pourtant, une invitation en bonne et due forme lui avait été adressée par les organisateurs du Annaba Mediterranean Film Festival 2026.
« C’est avec grand plaisir que nous vous adressons cette invitation à participer à la 6ᵉ édition du Festival du film méditerranéen d’Annaba, qui se tiendra du 24 au 30 avril 2026. Nous avons le plaisir de vous informer que votre film L’Arabe (The Arab) a été sélectionné pour la compétition officielle du festival. Votre participation constituerait un grand honneur pour notre public et une contribution précieuse à la célébration du cinéma méditerranéen et arabe », lit-on dans cette lettre.
« Votre présence au festival offrira aux cinéastes algériens, aux étudiants et aux passionnés de cinéma une occasion unique d’échanger autour de votre œuvre et de votre expérience, favorisant ainsi un dialogue culturel et artistique enrichissant. Nous espérons sincèrement que vous accepterez cette invitation et que nous aurons le plaisir de vous accueillir, ainsi que votre film, à Annaba pour cette édition prometteuse de notre festival», ajoute la missive.
Il convient de préciser que ce film, premier long métrage de fiction de Malek Bensmaïl, est une adaptation libre du roman “Meursault, contre-enquête” de Kamel Daoud. Lauréat du prix Goncourt 2024 pour son roman « Houris », Kamel Daoud, aujourd’hui chroniqueur au magazine d’extrême droite « Le Point» est visé par deux plaintes déposées en Algérie, notamment à Oran. Celles-ci émanent d’une victime de la décennie noire, Saada Arbane, ainsi que d’une organisation de victimes du terrorisme. Les plaignants l’accusent notamment de violation du secret médical et d’avoir utilisé, sans consentement, un récit inspiré de l’histoire réelle de la victime confiée à la femme de l’écrivain.
L’affaire a pris une tournure plus grave en 2025 avec l’émission par la justice algérienne de deux mandats d’arrêt internationaux à son encontre, en lien avec ces mêmes accusations.
« Une censure opaque »
En tout cas, le cinéaste dénonce avec vigueur la déprogrammation de son film. « Cette situation est profondément tragique. Plus de soixante ans après l’indépendance, il est douloureux de constater que nous restons pris au piège d’une censure administrative opaque et infantilisante, qui nie à la fois le travail de ceux qui fabriquent les films en Algérie et le droit du public algérien à voir ses propres œuvres et à les critiquer », écrit-il.
« On ne peut pas, au nom de la “relance” du cinéma algérien, multiplier les discours, les festivals et les commissions, et, dans le même temps, étouffer des films pour des raisons jamais assumées publiquement. Il est temps que cette schizophrénie cesse. Un pays qui prétend défendre sa création ne peut pas continuer à la maintenir dans le silence, l’arbitraire et l’humiliation», poursuit-il.
« Derrière chaque visa refusé, il n’y a pas seulement un film empêché, il y a des années de travail, d’espoir et de confiance trahis – et un public que l’on prive encore une fois de son cinéma », conclut enfin le réalisateur.
Le ministère de la Culture n’a pas encore communiqué sur cette déprogrammation.


