Le procureur de la République près le tribunal criminel de Dar El Beïda, à Alger, a requis, ce dimanche, sept ans de prison ferme contre la principale prévenue, une fonctionnaire du ministère du Commerce Extérieur, cinq ans contre quatre autres cadres de la même administration, tandis que les opérateurs économiques impliqués, commerçants, importateurs et sociétés privées, poursuivis dans l’affaire, se sont vus réclamés une peine de quatre ans d’emprisonnement. Un sixième mis en cause, en fuite, risque dix ans de réclusion, avec maintien du mandat d’arrêt.
Entre 20 et 25 millions de centimes par intervention
Les faits remontent à la mise en service de la plateforme numérique du ministère. Selon l’arrêt de renvoi, la fonctionnaire aurait pris la tête d’un réseau qui monnayait les démarches administratives liées aux licences d’importation. Elle réceptionnait les tableaux prévisionnels des opérateurs via WhatsApp, les faisait remonter aux services compétents pour vérification des conditions réglementaires, puis accompagnait les dossiers jusqu’à la signature. Pour chaque intervention, elle aurait perçu entre 20 et 25 millions de centimes.
L’enquête a démarré sur dénonciation. Un informateur a remis aux enquêteurs de la gendarmerie nationale le téléphone de la mise en cause, équipé de deux cartes SIM distinctes. Le dispositif, selon la même source, était utilisé pour gérer les échanges avec les opérateurs économiques à travers l’application WhatsApp. La perquisition de son domicile et la saisie de son téléphone ont constitué les premières pièces à charge.
Auditionnée, la fonctionnaire a d’abord minimisé sa participation. Elle a reconnu être intervenue dans trente à quarante dossiers depuis le lancement de la plateforme, mais a décrit des démarches gratuites destinées à aider des collègues et des connaissances à suivre l’état d’avancement de leurs fichiers. Quant aux sommes trouvées à son domicile, 420 millions de centimes, elle en a attribué la provenance à la vente de bijoux personnels et à son épargne, ajoutant que son mari lui en aurait dérobé une partie.
L’analyse technique des messages et des appels a contredit cette version. Un des suspects a déclaré aux enquêteurs que la fonctionnaire réclamait bien les sommes évoquées pour chaque intervention. Les investigations ont également mis en évidence l’envoi, depuis son téléphone, de cinq tableaux prévisionnels concernant des sociétés établies à Béjaïa, Oran et Aïn Témouchent.
Un cadre complice et un appartement à 1,9 milliard
L’enquête a débordé sur l’entourage professionnel de la prévenue. Un ancien cadre du ministère est suspecté de lui avoir fourni une carte SIM non enregistrée à son nom, en connaissance des faits. L’instruction a par ailleurs établi l’acquisition d’un appartement à Alger pour un montant de 1,9 milliard de centimes, dont l’origine des fonds reste à élucider.
Quant au ministère, constitué partie civile au procès, son représentant a réclamé dix millions de dinars algériens, versés par les condamnés, en réparation du préjudice subi. Le tribunal rendra sa décision à une date qui n’a pas encore été communiquée.


