Algérie : des millions d’alevins, de nouvelles fermes… l’aquaculture change d’échelle

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image sur l'aquaculture

L’aquaculture connaît une accélération remarquable en Algérie. Longtemps considérée comme une activité encore émergente, elle s’installe progressivement comme une véritable filière économique, particulièrement dans les wilayas côtières. De Tlemcen à Oran, en passant par Chlef, Tipaza, Alger, Tizi Ouzou et Béjaïa, l’élevage de poissons gagne du terrain et attire de plus en plus d’investisseurs.

Cette dynamique commence également à gagner d’autres régions du pays. La récente activité enregistrée à Tébessa illustre cette volonté d’élargir l’aquaculture au-delà du seul littoral et de développer les différentes formes de production aquacole.

Les dernières opérations réalisées à Tipaza témoignent de cette accélération. Les 7 et 8 septembre 2026, six cages flottantes ont été ensemencées au niveau de deux fermes aquacoles situées à Chenoua et El Arhat. Au total, 1,22 million et 700.000 alevins de daurade royale ont été introduits dans les deux exploitations.

La ferme de Chenoua a, à cette occasion, réalisé sa première opération d’ensemencement, marquant officiellement son entrée en phase d’exploitation. Au troisième trimestre 2026, pas moins de 11 cages flottantes réparties sur trois fermes ont déjà fait l’objet d’opérations d’ensemencement dans la wilaya, d’autres opérations étant annoncées prochainement.

À Béjaïa, la dynamique est également particulièrement forte. Depuis le début de la saison 2026, 3,95 millions d’alevins de daurade royale ont déjà été introduits dans les cages flottantes de plusieurs fermes aquacoles. Trois opérations avaient notamment été réalisées entre avril et juillet, à Béni Ksila et Toudja. Ces chiffres illustrent le changement d’échelle que connaît progressivement l’activité.

Une production appelée à doubler

Le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche table sur une forte progression de la production aquacole. En avril 2026, le ministre Yacine El-Mahdi Oualid avait annoncé que la production pourrait atteindre 20.000 tonnes en 2026, soit environ le double du niveau enregistré lors de la saison précédente, estimé à près de 7.000 tonnes dans la communication du ministère. Plus de 80 millions d’alevins de daurade et de loup de mer avaient alors été ensemencés.

Cette progression traduit l’augmentation des capacités de production, mais également l’entrée en exploitation de nouvelles fermes et la multiplication des investissements privés.

L’objectif ne s’arrête d’ailleurs pas à 2026. En mai dernier, le directeur général de la pêche et de l’aquaculture avait indiqué que l’Algérie ambitionne de dépasser les 20.000 tonnes de poissons d’élevage par an à l’horizon 2027.

Une filière qui crée désormais toute une chaîne de valeur

L’enjeu dépasse ainsi largement la production de poisson. Avec l’augmentation du nombre de fermes et des investissements, c’est progressivement toute une chaîne de valeur qui se constitue en Algérie.

Elle englobe les producteurs d’alevins, les exploitants des fermes aquacoles, les fabricants de cages et d’équipements, les fournisseurs d’aliments pour poissons, les entreprises spécialisées dans les installations et la maintenance, ainsi que les activités liées au transport, à la commercialisation et à la distribution.

L’essor de l’aquaculture contribue donc à créer de nouvelles activités économiques et des emplois directs et indirects. Plus les volumes produits augmentent, plus les besoins en équipements, en alimentation, en logistique et en services spécialisés progressent.

Pour l’heure, l’élevage marin en cages flottantes reste principalement concentré sur un nombre limité d’espèces, notamment la daurade royale et le loup de mer. Le développement de nouvelles espèces fait toutefois partie des perspectives de la filière.

Cette diversification pourrait permettre d’élargir progressivement l’offre disponible sur le marché et de réduire davantage la pression exercée sur les ressources issues de la pêche traditionnelle.

L’aquaculture apparaît ainsi comme un complément de plus en plus important à la pêche maritime. Elle permet de disposer de volumes produits de manière planifiée, indépendamment des aléas qui peuvent affecter les captures.

Une offre qui contribue aussi à contenir les prix

Cette montée en puissance présente enfin un intérêt direct pour les consommateurs. Le poisson issu de l’élevage figure parmi les produits alimentaires dont les prix ont connu une évolution relativement contenue au cours des derniers mois.

La daurade royale d’élevage se négocie actuellement autour de 1.000 à 1.400 dinars le kilogramme, selon la taille et le marché. Les prix de la perche sont également restés relativement stables depuis plus d’une année.

Cette évolution contraste avec les fortes hausses enregistrées récemment sur plusieurs autres produits alimentaires, notamment les viandes rouges, la volaille et les œufs.

À mesure que les capacités d’élevage progressent, l’aquaculture pourrait donc jouer un double rôle : créer de la richesse et des emplois tout en renforçant la disponibilité du poisson sur le marché national. Avec la multiplication des investissements, l’augmentation des capacités d’ensemencement et l’apparition d’une véritable chaîne industrielle autour des fermes, la filière s’impose progressivement comme l’un des nouveaux relais de croissance de l’économie maritime algérienne.

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