Produits français : Alger a-t-elle fermé les vannes sans le dire ?

Le blé français a disparu des silos algériens il y a deux ans. Selon Marianne, c'est maintenant au tour des autres produits français : depuis fin juillet, les importateurs auraient reçu une consigne orale de les écarter de leurs programmes prévisionnels d'importation (PPI). Les exportations françaises vers l'Algérie avaient déjà reculé de 11,8 % en 2025.

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Depuis juillet 2025, chaque importation doit être inscrite dans un programme prévisionnel d'importation visé par le ministère du Commerce extérieur. (DR)

L’Algérie a-t-elle demandé à ses importateurs de ne plus acheter français ? Depuis fin juillet, une consigne orale leur imposerait d’écarter les produits français de leurs programmes prévisionnels d’importation (PPI). C’est du moins ce que rapporte le magazine Marianne dans son édition du 28 septembre, sur la foi de sources anonymes, donc impossibles à vérifier. Les exportations françaises vers l’Algérie avaient déjà reculé de 11,8 % en 2025.

D’après l’hebdomadaire, la mesure épargnerait les médicaments et certains biens jugés stratégiques. Elle toucherait aussi les sociétés étrangères qui revendent de la marchandise française. Une source française cite les pièces de rechange des camions Renault Trucks, dont la Protection civile algérienne est en grande partie équipée. Nous n’avons pas pu vérifier ces éléments auprès d’autres sources.

Le PPI a été institué par le décret exécutif n° 25-170 en juillet 2025. Il soumet la domiciliation bancaire et le dédouanement de chaque importation au visa préalable du ministère du Commerce extérieur. Depuis son entrée en vigueur, le ministère l’a modifié par huit textes en huit mois, et l’Union européenne a lancé contre l’Algérie une procédure d’arbitrage pour des restrictions commerciales. Le dispositif s’applique à toutes les origines. Une consigne visant les fournisseurs français, si elle a été donnée oralement, n’apparaît dans aucun texte publié et ne peut donc faire l’objet d’aucun recours.

Le blé français exclu depuis deux ans

En novembre 2024, un document attribué aux banques algériennes, diffusé par l’ancien ambassadeur de France Xavier Driencourt, annonçait l’arrêt des domiciliations d’importation en provenance de France à compter du 5 novembre. Le 7 novembre, les services du Premier ministre ont démenti des informations qualifiées d’« erronées et totalement infondées ». Aucune mesure de ce type n’a été constatée par la suite.

Pour le blé, la situation est différente. En octobre 2024, l’OAIC avait répondu à une dépêche de Reuters en affirmant traiter tous les fournisseurs de sa liste restreinte à égalité, sans revenir sur l’absence d’origine française dans l’appel d’offres concerné. Depuis, le blé français n’a plus été retenu. L’office a acheté jusqu’à 720 000 tonnes de blé tendre en août, puis entre 500 000 et 510 000 tonnes le 15 septembre, à 319-321 dollars la tonne, coût et fret compris. Selon les négociants, les cargaisons devraient provenir principalement de Roumanie et de Bulgarie. La France ne figure pas parmi les origines citées.

La France toujours deuxième fournisseur

Selon les douanes françaises, les exportations vers l’Algérie sont passées de 4,8 milliards d’euros en 2024 à 4,23 milliards d’euros en 2025. Le commerce bilatéral a reculé de 11 à 9,4 milliards d’euros sur la même période. Marianne évalue les ventes françaises à 4 milliards d’euros sur la période de douze mois allant d’août 2025 à juillet 2026. Les chiffres annuels de 2025 sont antérieurs à la consigne rapportée par l’hebdomadaire. Ils placent la France au deuxième rang des fournisseurs de l’Algérie, avec 9,8 % des importations, derrière la Chine (28,5 %) et devant l’Italie (7,4 %). La France recule sur ce marché depuis plusieurs années, mais elle n’en a pas été exclue.

Dans une note publiée ce mois-ci par l’Institut Montaigne, intitulée « France-Algérie : sortir de l’émotion », Michel Duclos et Augustin Motte recensent quelque 600 faillites d’entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie durant la crise de 2025. Environ 5 000 sociétés françaises vendent en Algérie. Pour un tiers d’entre elles, ce marché représente plus du quart de leur chiffre d’affaires. Début septembre, Ségolène Royal, présidente de l’association France-Algérie, a déclaré que « les industriels français sont désespérés », en s’appuyant sur ses échanges avec la chambre de commerce algéro-française.

Une partie de ces difficultés est antérieure à la crise de juillet 2024, déclenchée par la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental par Emmanuel Macron. L’usine Renault d’Oued Tleilat, près d’Oran, ne produit plus depuis 2020. Fiat, installé dans la même région, prévoit d’y fabriquer 90 000 véhicules par an. Jusqu’en 2019, la France fournissait 80 à 90 % du blé importé par l’Algérie, selon l’Institut Montaigne, avant d’être concurrencée par la Russie. Au printemps 2026, Alger et Paris avaient repris le dialogue et l’ambassadeur de France était de retour à Alger. La consigne décrite par Marianne daterait de fin juillet, après ce rapprochement.

Marianne ne précise pas si la consigne vise les marques françaises ou les produits fabriqués en France. Renault Trucks, dont les pièces seraient bloquées selon sa source, appartient au groupe suédois Volvo depuis 2001 et assemble ses camions dans ses usines françaises.

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