1,4 milliard de dollars de financements : la Mauritanie face au débat sur la dette et la transparence

Le débat sur les financements extérieurs de la Mauritanie oppose les critiques de l’opposition sur la transparence aux explications du gouvernement sur la distinction entre dette, dons et financements concessionnels.

Mecipsa Amokrane
8 min de lecture
En Mauritanie le débat sur l’endettement oppose lecture des financements et exigence de transparence

Un débat politique et économique sur l’endettement et les financements extérieurs de la Mauritanie s’est intensifié ces derniers jours, après la publication par un député de chiffres attribués aux données de la Banque mondiale. L’échange porte à la fois sur le volume des financements obtenus depuis 2019, leur part réellement constituée de dette et leur impact sur l’économie mauritanienne.

À l’origine de la controverse, le député Mohamed Bouy Cheikh Mohamed Fadel a affirmé que la Mauritanie aurait obtenu environ 1,4 milliard de dollars de financements auprès de la Banque mondiale entre 2019 et 2026, contre environ 1,3 milliard entre 1960 et 2019. La comparaison, portant sur sept années contre six décennies, a suscité des critiques de l’opposition sur le rythme des engagements financiers et sur la transparence de leur utilisation.

Mais la version officielle explique que cette présentation fait l’objet d’une contestation sur le plan méthodologique. “Le montant des financements approuvés par la Banque mondiale ne peut pas être assimilé directement au stock de dette. Il faut notamment distinguer les crédits à rembourser, les dons, les financements concessionnels et les montants approuvés mais qui n’ont pas encore été décaissés” argumente le pouvoir mauritanien.

Financement ne signifie pas nécessairement dette

Les données officielles de la Banque mondiale confirment que son portefeuille en Mauritanie comprend plusieurs formes de financement. Au 31 août 2026, le Groupe de la Banque mondiale indiquait un montant cumulé de 3,27 milliards de dollars de financements engagés pour 112 projets, en précisant que ces chiffres ne comprennent pas certains fonds fiduciaires et autres mécanismes financiers.

L’Association internationale de développement (IDA), qui finance les pays à faible revenu, précise elle-même que ses ressources sont distribuées principalement sous forme de crédits fortement concessionnels et de dons, avec également une part de financements non concessionnels pour certains bénéficiaires. Les conditions des crédits varient notamment selon le revenu, la capacité d’endettement et le risque de surendettement du pays.

Cette distinction est particulièrement importante dans le cas mauritanien. À titre d’exemple, en juin 2026, la Banque mondiale a annoncé pour le programme éducatif IQRAA 40 millions de dollars de financement IDA auxquels s’ajoutent 17,53 millions de dollars sous forme de don du Global Partnership for Education. Les deux montants participent au financement du même programme, mais ne constituent pas une dette à rembourser par l’État.

Le même principe apparaît dans d’autres opérations récentes, notamment le programme WACA+ consacré à la résilience côtière et à l’économie bleue, qui combine plusieurs sources de financement.

Ce que disent les indicateurs de dette

Pour mesurer l’endettement, l’indicateur pertinent n’est donc pas seulement le volume cumulé des nouveaux financements obtenus auprès d’un bailleur, mais le stock de dette, son évolution, son coût, sa composition et son rapport à la capacité de remboursement de l’économie.

Sur ce point, la dernière analyse de viabilité de la dette publiée par le FMI et la Banque mondiale en juin 2026 classe le risque de surendettement extérieur et public de la Mauritanie comme « modéré ». Les deux institutions considèrent néanmoins la dette extérieure et publique comme soutenable dans le scénario de référence, tout en soulignant l’existence de risques liés notamment aux prix des matières premières, aux besoins de financement et aux chocs extérieurs.

Le FMI projette par ailleurs une stabilisation de la dette du secteur public autour de 38 % du PIB à moyen terme, dans le cadre de la trajectoire budgétaire retenue par les autorités. Cette trajectoire repose notamment sur la maîtrise du déficit primaire hors industries extractives et sur une augmentation progressive des recettes fiscales.

La structure de la dette constitue également un élément important. Selon l’analyse du FMI, la dette publique intérieure représentait 7,4 % du PIB à fin 2025. Le marché intérieur de la dette repose notamment sur les bons du Trésor et les obligations, avec une volonté affichée des autorités d’allonger progressivement les maturités afin de limiter les risques de refinancement.

Une stratégie officiellement orientée vers les financements concessionnels

Dans ses engagements avec le FMI, le gouvernement mauritanien affirme vouloir privilégier les financements concessionnels et semi-concessionnels et limiter le recours aux emprunts non concessionnels. La stratégie de dette à moyen terme 2026-2028 prévoit également une utilisation accrue des titres du Trésor à moyen terme.

Le gouvernement indique par ailleurs que tout nouveau projet devant être financé par un emprunt extérieur non concessionnel doit être soumis au Comité national de la dette publique avant la signature de l’accord.

Les autorités ont aussi annoncé la publication de bulletins trimestriels sur la dette, comprenant notamment les emprunts intérieurs et extérieurs des entités publiques, les caractéristiques des prêts et les profils de service de la dette. Le FMI indique que des bulletins annuels avaient été publiés pour 2022, des bulletins semestriels pour 2023 et des bulletins trimestriels depuis 2024.

La question de la transparence reste néanmoins au cœur du débat

C’est sur ce terrain que l’argument de l’opposition trouve un autre point d’appui : même lorsqu’un financement est concessionnel ou partiellement constitué de dons, la question de son décaissement, de son utilisation et de ses résultats demeure distincte de celle de l’endettement.

Le FMI lui-même considère l’amélioration de la transparence des finances publiques comme une réforme en cours. Les autorités mauritaniennes se sont engagées à améliorer la présentation et la couverture des statistiques des finances publiques, notamment concernant les relations financières entre l’État et les entreprises publiques. Elles travaillent également à élargir le périmètre du tableau des opérations financières de l’État.

Le Fonds souligne également la nécessité de renforcer la gestion de la dette et de centraliser progressivement les fonctions liées à son suivi. La création d’une structure unifiée de gestion de la dette est prévue dans le programme de réformes, tandis que les autorités veulent améliorer l’enregistrement, le suivi et la diffusion des données.

La Banque mondiale recommande elle aussi à la Mauritanie d’améliorer la transparence de la dette et de privilégier les financements concessionnels dans le cadre d’une stratégie destinée à préserver la soutenabilité des finances publiques.

Engagements, décaissements et dette : trois notions à distinguer

Le débat actuel met ainsi en évidence trois indicateurs qui ne doivent pas être confondus. Le premier est celui des engagements financiers qui correspond aux montants approuvés par les bailleurs pour des programmes et projets. Le deuxième concerne les décaissements effectifs, c’est-à-dire les sommes effectivement versées et disponibles pour l’exécution des projets. Le troisième est celui de la dette, qui correspond aux obligations financières devant être remboursées, en tenant compte des conditions des différents prêts.

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