Quand le pétrole plaide pour le gaz : l’Opep, nouvel ambassadeur du gazoduc transsaharien

L'Opep prend la défense d'un projet gazier. En visite à Alger, son secrétaire général, Haitham Al Ghais, a présenté le gazoduc transsaharien comme un « projet excellent » pour la sécurité énergétique de l'Europe, sans rien céder sur l'avenir de l'or noir.

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Le gazoduc transsaharien doit acheminer 30 milliards de mètres cubes de gaz nigérian par an vers l'Algérie, puis vers l'Europe. Photo d'illustration.

Le projet porté par l’Algérie, le Niger et le Nigeria « contribue directement à la sécurité énergétique de l’Europe », a affirmé Haitham Al Ghais dans un entretien accordé à une chaîne privée, dont le site a publié des extraits lundi 28 septembre au soir. L’Opep, a-t-il rappelé, cherche en permanence à sécuriser les approvisionnements en énergie, et le TSGP y concourt tout en créant des emplois.

Le responsable koweïtien séjourne en Algérie du 26 au 29 septembre à l’invitation du ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, à l’occasion des dix ans de l’accord d’Alger, conclu en 2016. Il a été reçu lundi par le président Abdelmadjid Tebboune.

Al Ghais a replacé l’ouvrage dans la politique africaine d’Alger. Il y voit un nouvel exemple de la diplomatie économique et énergétique algérienne, fondée sur l’interconnexion entre pays du continent, et « un bon exemple à suivre dans de nombreux endroits du monde ». Le gazoduc doit relier Warri, dans le sud du Nigeria, à Hassi R’Mel sur 4 128 kilomètres, pour une capacité de 30 milliards de mètres cubes par an et un coût estimé à 13 milliards de dollars. Les travaux du tronçon algérien ont été lancés le 4 juin à Aoulef, dans la wilaya d’Adrar, ce qui donne à Alger une avance d’une dizaine d’années sur le projet concurrent reliant le Nigeria au Maroc.

Le Niger, prochaine étape du tracé

Le chantier entre dans une nouvelle phase au Niger, où les relevés topographiques du tracé doivent débuter en octobre, selon le ministre nigérien du Pétrole, Hamadou Tini. Sur les 841 kilomètres de la section nigérienne, la construction n’a pas encore commencé, et le ministère algérien des Hydrocarbures prévoit de compléter ces relevés par des études environnementales, d’impact et géotechniques. Lors de la cinquième réunion ministérielle du comité de pilotage, en juin, ni le financement ni le calendrier de ce tronçon n’étaient arrêtés. La date fixée par Niamey apporte une première réponse sur le second point.

Demande pétrolière, l’Opep conteste le scénario du déclin

Sur le pétrole, Haitham Al Ghais a repris la ligne de son organisation. Évoquer une baisse de la demande « envoie un message dangereux au monde », a-t-il estimé, car cela laisse entendre qu’il faudrait cesser d’investir dans l’industrie pétrolière, à rebours de ce que défend l’Opep. Il juge irréaliste de parier sur un recul de la demande énergétique, l’économie mondiale devant selon lui doubler sous l’effet de la croissance démographique et de l’urbanisation. Il affirme enfin que l’Agence internationale de l’énergie (AIE), qui situait le pic de la demande pétrolière autour de 2030, a révisé ses projections pour se rapprocher de celles de l’Opep, qui voit la consommation progresser jusqu’en 2050.

Le rapprochement existe, mais il reste partiel. Dans son World Energy Outlook 2025, publié en novembre 2025, l’AIE a réintroduit un scénario fondé sur les seules politiques en vigueur, dans lequel la consommation atteint 113 millions de barils par jour en 2050. Son scénario des politiques annoncées maintient en revanche un plafonnement vers 2030, autour de 102 millions de barils par jour, suivi d’un repli, et l’agence rappelle que ses scénarios ne constituent pas des prévisions. L’Opep, dans ses Perspectives mondiales du pétrole 2026 parues en juin, table sur 124 millions de barils par jour en 2050, contre 105,1 millions en 2025. Même dans son hypothèse la plus haute, l’AIE reste donc 11 millions de barils par jour en deçà.

Ce plaidoyer intervient dans une conjoncture peu favorable au cartel, avec une Opep+ fragilisée par le départ des Émirats arabes unis et un marché désorganisé par la crise d’Ormuz. Pour Alger, l’hommage de l’Opep offre une caution internationale à un projet entré en phase de réalisation, au moment où le Niger s’apprête à lancer les travaux préparatoires de sa section.

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