Cinéma : « le miracle ne peut pas se répéter tous les ans » prévient l’organisateur des RCB

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La cérémonie d'ouverture de la 21e édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa, samedi soir à la cinémathèque de la ville. ©RCB

La 21e édition des Rencontres cinématographiques de Béjaïa (RCB) s’est ouverte samedi soir à la cinémathèque de la ville, avant la projection d’Aléa Jacarandas, le nouveau documentaire de Hassen Ferhani. Mais la cérémonie d’ouverture n’a pas été qu’une célébration du septième art. Ahcène Kraouche, président de l’association Project’Heurts, qui organise l’événement depuis 2003, a profité de la tribune pour lancer un signal d’alarme quant à la viabilité de la manifestation.

Ciblant en particulier l’APC de Béjaïa, restée sourde aux sollicitations de l’association cette année, il a révélé qu’à un moment de la préparation, l’équipe s’est demandé « s’il fallait la tenir ». Un aveu rare pour un festival qui se targue d’être la plus ancienne manifestation cinématographique indépendante du pays.

Une organisation qui tient à un fil de bénévolat

Au-delà de la formule choc sur le miracle qui ne peut se reproduire indéfiniment, Kraouche a détaillé une réalité financière préoccupante. Des dettes contractées lors de la précédente édition restent à apurer, tandis que le montage de celle-ci a mobilisé des moyens conséquents, sans garantie de financement préalable. Le président de Project’Heurts a également égratigné les entreprises, publiques comme privées, qui « préfèrent regarder ailleurs lorsqu’on les sollicite ».

Dans ce contexte tendu, c’est une dizaine de bénévoles de l’association qui ont, selon ses mots, sacrifié du temps et de l’énergie pour que les RCB voient le jour malgré tout. Sans cet engagement personnel, a-t-il laissé entendre, l’édition 2026 n’aurait tout simplement pas existé — une dépendance à quelques volontés individuelles qui interroge sur la pérennité du modèle à moyen terme.

Des soutiens qui ont permis de sauver l’édition

Le tableau n’est pas pour autant totalement sombre. Kraouche a tenu à remercier une liste de partenaires qui, eux, ont répondu présent, parmi lesquels la wilaya de Béjaïa, l’Assemblée populaire de wilaya (APW) et le Port de Béjaïa , ainsi que d’autres contributeurs institutionnels et privés. C’est grâce à cet accompagnement, quoique jugé insuffisant par les organisateurs, que la programmation a pu être maintenue à son niveau habituel : 32 films — 7 longs-métrages, 19 courts-métrages et 6 documentaires — issus d’une quinzaine de pays.

L’édition accueille aussi plusieurs professionnels étrangers, à l’image de la Tunisienne Olfa Lamloum, ainsi que des invités venus d’Europe et du Proche-Orient, confirmant le rayonnement régional que les RCB ont su construire en deux décennies malgré les turbulences budgétaires.

Le spectre de Dimajazz

L’avertissement de Kraouche résonne comme un rappel du sort de Dimajazz, le festival international de jazz de Constantine, né la même année que les RCB, porté lui aussi par une association civile plutôt que par une institution publique, et qui a fini par s’éteindre faute de financement pérenne. Les deux manifestations partagent la même vulnérabilité structurelle : une trésorerie qui se reconstitue chaque année dans l’urgence, au bon vouloir de partenaires ponctuels.

Pour échapper à ce scénario, les RCB devront transformer leurs soutiens actuels — wilaya, APW, Port de Béjaïa — en engagements contractualisés et pluriannuels, plutôt que des gestes de circonstance renouvelés dans l’incertitude chaque été. C’est à cette condition, plus qu’à la répétition du miracle, que la doyenne des manifestations cinématographiques indépendantes d’Algérie pourra franchir le cap des 25 ans.

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