Algérie : plateformes numériques, PPI… Idir Saci pointe les failles qui coûtent cher aux entreprises

Invité dimanche de la Chaîne 3 de la Radio algérienne, l'expert financier Idir Saci a passé en revue les ratés du passage du papier aux plateformes numériques. Il cite une plateforme qui n'existe pas, un arrêté en décalage avec la loi et un programme prévisionnel d'importation qui fait grimper, selon lui, le prix de certaines matières premières. Il propose des correctifs rapides, du calendrier des importations au crédit aux PME.

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Idir Saci plaide pour allonger la durée du programme prévisionnel d'importation, aujourd'hui semestriel. (Photo d'illustration)

« Les périodes de transition entre le papier et la plateforme numérique, il faut les gérer. » Pour Idir Saci, le problème n’est pas la numérisation mais la manière de la conduire. « C’est bien de numériser, de créer des plateformes, c’est une très très bonne chose. Mais le temps de créer la plateforme, il faut que l’ancien système qui est le papier puisse rendre service, continuer à fonctionner. »

L’admission temporaire en donne un exemple. Ce régime, ouvert aux chaînes de production, permet à certaines industries de bénéficier des dernières évolutions techniques, avec l’obligation d’entretenir et de renouveler les équipements à temps. La procédure doit désormais passer par une plateforme « qui n’existe pas ». D’autres administrations demandent aux opérateurs d’attendre un décret qui tarde, et le dossier reste en suspens. L’arrêté, une fois publié, a ajouté la confusion. « La loi, elle dit vous avez 3 ans, vous avez ces conditions (…). L’arrêté, il vient, il dit non, c’est une année. »

L’expert y voit une question de hiérarchie des normes. Ces régimes très avantageux sont suivis de près par les investisseurs, qui ont besoin d’« une vision plus claire ». Le président de la République avait demandé dix ans de stabilité réglementaire. Idir Saci demande au minimum « que des arrêtés et des textes d’application soient au moins conformes aux textes de loi qui reflètent à la base la volonté politique ».

Le calendrier du PPI en question

Le ministre du Commerce extérieur Kamel Rezig avait ordonné en juillet le traitement immédiat des demandes au titre du programme prévisionnel d’importation (PPI) du second semestre. Son département a ouvert en septembre une enquête sur des déclarations suspectes. Pour Idir Saci, l’objectif principal est « très certainement déjà un assainissement », face à des opérateurs qui ne seraient pas de vrais acteurs économiques. Mais le dispositif a un coût. Dès sa mise en place, l’expert avait mis en garde contre une surréaction des entreprises, producteurs compris, tentés de surdimensionner leurs demandes. Il affirme en mesurer aujourd’hui l’effet sur les marchés. « Sur certains produits que j’ai observés personnellement, il y a eu une augmentation des prix à l’international liée aux annonces algériennes. (…) Dès que le PPI du S2 en Algérie sort, ça grimpe de 20 %. Et notre économie le paye. »

Sa première proposition porte sur la durée. « Pourquoi sur 6 mois ? Pourquoi pas une année ? Déjà, ça nous évitera donc ces augmentations de coût sur les intrants. » Il plaide aussi pour des fenêtres de traitement. Aujourd’hui, un opérateur doit attendre l’ouverture de la plateforme pour acheter une simple pièce de rechange. La solution existe pourtant, avec l’instruction de la Banque d’Algérie de 2007 qui encadre ces achats. « Aujourd’hui, il y a eu une amélioration, c’était 2 millions, c’est devenu 3 ou 4 millions. Mais vu le PPI, c’est inopérant parce qu’il faut quand même passer par le PPI. » Il demande de revenir à ce texte et de fixer « un seuil acceptable, justifié » pour qu’un industriel puisse acheter une pièce pour sa machine.

Le change, « un sujet financier »

Plus largement, l’expert estime que le contrôle des changes relève des autorités financières. Le ministère du Commerce « peut très certainement avoir une vision et un avis quantitatif », mais l’arbitrage sur les équilibres de la balance revient à la finance. « Il faudrait peut-être une loi-cadre globale concernant la gestion de la balance. » Il défend depuis longtemps l’idée de traiter l’investissement et l’exportation « dans un même sac ». Chaque réforme, ajoute-t-il, devrait s’accompagner d’un canal de communication avec les opérateurs. « Je plaide toujours pour les numéros verts. »

Le crédit bancaire est l’autre point faible. Les PME-PMI ne peuvent pas supporter des délais trop longs de domiciliation et d’expédition, qui créent « de la mortalité précoce pour ces entreprises ». Idir Saci défend depuis un certain temps un scoring dématérialisé du crédit, assorti de délais de traitement imposés aux banques. Il a longtemps travaillé dans le recouvrement bancaire, et le constat qu’il en tire est sévère. Dans les banques publiques, les dettes « un petit peu toxiques » dépassent 20 %. « Nous sommes à 22 %. (…) Le crédit, ce n’est pas un gage, ce n’est pas que la garantie, ce n’est pas l’hypothèque, ce n’est pas de l’immobilier, c’est le projet. »

Le financement en fonds propres souffre des mêmes lourdeurs. Les sociétés de capital-risque devraient pouvoir lever des fonds auprès des banques, et les organismes de garantie jouer réellement leur rôle. « Au moment du recouvrement, malheureusement, on se rend compte que nous avons signé juste des papiers. » La cartographie du financement reste « un peu bruyante », et le porteur de projet ne voit pas à qui s’adresser. L’expert plaide pour réactiver les fonds de wilaya et pour regrouper les bras financiers de l’État à un niveau plus stratégique, « notamment » le Fonds national d’investissement (FNI), au service d’une vision territoriale de l’investissement.

Le Fonds monétaire international, qui a conclu le 11 septembre ses consultations au titre de l’article IV, prévoit une croissance de 3,8 % en 2026, avec une activité hors hydrocarbures autour de 4 %. Le même rapport projette une chute de 61 % des réserves de change d’ici 2031. Pour que cette croissance se ressente dans le quotidien des citoyens, Idir Saci n’y voit qu’un canal. « La courroie de transmission de cette croissance, c’est la PME-PMI. »

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