Algérie-Mauritanie : ce qui est réalisé et ce qui reste à faire

Plusieurs briques du corridor algéro-mauritanien sont désormais en place, mais une partie des projets structurants reste encore en chantier.

Mecipsa Amokrane
6 min de lecture
La Mauritanie et l’Algérie ont engagé une nouvelle étape dans leur coopération douanière

La Mauritanie et l’Algérie ont engagé une nouvelle étape dans leur coopération douanière. Une réunion de la commission douanière mixte des deux pays s’est ouverte le 29 septembre 2026 à Nouakchott pour examiner les moyens de renforcer la coordination entre les deux administrations, de faciliter la circulation des marchandises et des voyageurs et de fluidifier les échanges commerciaux.

Selon plusieurs sources médiatiques, une convention de partenariat douanier a été signée au terme des travaux, avec notamment un volet consacré au renforcement de la coopération et à la lutte contre la fraude et la criminalité transfrontalière.

L’annonce intervient alors que les deux pays disposent déjà de plusieurs infrastructures et mécanismes destinés à rapprocher leurs marchés. Mais une partie importante des projets annoncés ces dernières années est encore en cours de réalisation. Le nouveau dispositif douanier intervient donc dans un contexte où Alger et Nouakchott cherchent à transformer une relation commerciale encore relativement “modeste” en un corridor économique reliant le marché algérien à la Mauritanie et, au-delà, à l’Afrique de l’Ouest.

Le poste-frontière : une infrastructure déjà opérationnelle

L’un des acquis les plus concrets de cette politique est l’ouverture des postes frontaliers fixes entre les deux pays. Les deux présidents avaient inauguré ces infrastructures à Tindouf en février 2024, en même temps que le lancement de la route Tindouf-Zouerate et la pose de la première pierre de la zone franche commerciale.

Cette infrastructure a constitué une évolution importante par rapport au dispositif frontalier antérieur. Elle doit permettre d’organiser davantage les flux de personnes et de marchandises et de soutenir les échanges entre les régions frontalières. Reuters avait alors relevé que l’ouverture du poste devait contribuer à stimuler le commerce bilatéral.

Les flux commerciaux existent d’ailleurs déjà. En 2026, une opération portant sur 33 cargaisons de produits algériens destinés au marché mauritanien a été lancée depuis Tindouf, illustrant l’utilisation effective de l’axe terrestre pour les exportations.

La route Tindouf-Zouerate et la zone franche encore en chantier

Parmi les principaux projets du corridor figure la route Tindouf-Zouerate, longue d’environ 840 kilomètres et réalisée par des entreprises algériennes en Mauritanie. Lancés officiellement en février 2024, les travaux se poursuivent en 2026. Une fois achevée, cette liaison doit faciliter le transport des marchandises algériennes vers la Mauritanie et, potentiellement, vers les marchés ouest-africains.

La zone franche commerciale de Tindouf, dont la première pierre a également été posée en février 2024, reste elle aussi en phase de réalisation. En février 2026, les autorités locales faisaient état d’un avancement de plus de 58 % pour les infrastructures routières et réseaux, et de plus de 65 % pour les aires de stockage et la zone douanière. Ces deux projets constituent ainsi des éléments importants du futur corridor, mais ne sont pas encore pleinement opérationnels.

Une banque algérienne implantée à Nouakchott

Le volet financier constitue également un acquis concret du rapprochement. L’Algerian Union Bank (AUB) a ouvert ses portes à Nouakchott en septembre 2023, avec pour objectif de faciliter les opérations de commerce extérieur et le financement des échanges entre les entreprises algériennes et mauritaniennes. Son implantation constitue l’un des dispositifs destinés à accompagner la montée en puissance des échanges commerciaux bilatéraux.

Des échanges commerciaux encore à développer

La présence commerciale algérienne en Mauritanie s’est progressivement renforcée, avec l’ouverture d’une exposition permanente de produits algériens à Nouakchott en 2023 et l’organisation régulière de foires commerciales. La huitième édition, tenue en mai 2026, a réuni plus de 350 entreprises algériennes et abouti, selon le ministère algérien du Commerce extérieur, à plus de 70 accords entre opérateurs des deux pays dans les domaines du commerce, des services, du transport et de l’exportation.

Parmi les opérations annoncées figure notamment un accord portant sur l’acheminement de 500 000 tonnes de ciment algérien vers la Mauritanie, pour une valeur estimée à 50 millions de dollars. Il s’agit toutefois d’un accord commercial et non d’un volume déjà livré. Le volet financier s’est également concrétisé avec l’ouverture de l’Algerian Union Bank (AUB) à Nouakchott en septembre 2023, destinée notamment à faciliter les opérations de commerce extérieur et le financement des échanges.

Les statistiques mauritaniennes confirment la progression de la relation commerciale, même si celle-ci reste encore limitée à l’échelle du commerce extérieur algérien. En 2025, l’Algérie représentait 25,1 % des échanges commerciaux de la Mauritanie avec l’Afrique, faisant d’elle son premier partenaire africain. Mais les échanges avec l’ensemble du continent ne représentaient que 12,2 % du commerce extérieur mauritanien.

A noter qu’Alger et Nouakchott travaillent parallèlement sur la mise en place d’un accord commercial préférentiel portant dans un premier temps sur une liste de 20 produits. La nouvelle convention douanière s’inscrit donc dans un dispositif plus large, dont plusieurs éléments sont déjà opérationnels, mais dont une partie reste encore à concrétiser.

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