Pétrole : Aliko Dangote lance le projet d’une méga-raffinerie de 16 milliards US au Kenya

4 min de lecture
Le milliardaire nigérian Aliko Dangote et le président kényan William Ruto en visite sur le site de la raffinerie de Lagos, modèle revendiqué du projet de Lamu. (crédit : POA)

Le milliardaire nigérian Aliko Dangote et le président kényan William Ruto posent ce mercredi 30 septembre la première pierre d’une raffinerie de 16 milliards de dollars à Lamu, dans le deuxième port en eaux profondes du Kenya. Ce projet vise à répondre à la demande croissante de produits pétroliers en Afrique de l’Est et à réduire la dépendance de la région à l’égard des importations.

La raffinerie Dangote d’Afrique de l’Est devrait approvisionner le marché kényan en produits pétroliers raffinés ainsi que les marchés régionaux, notamment l’Ouganda, la Tanzanie, l’Éthiopie, le Sud-Soudan, le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo.

Un projet calqué sur le modèle nigérian

Aliko Dangote ambitionne de reproduire le modèle de son complexe industriel nigérian, d’une capacité de 700 000 barils par jour, qui a transformé le Nigeria d’importateur net en exportateur de carburants.

« Quand on regarde l’Afrique de l’Est, et pas seulement l’Afrique de l’Est, la plupart des 54 pays africains importent des produits pétroliers », a déclaré Dangote à la presse à Nairobi. « Ce que nous essayons de faire, c’est de nous assurer que nous devenons autosuffisants pour tout ce que nous consommons. »

Pour mener à bien ce chantier, dont l’achèvement est prévu pour 2030, le groupe propose aux gouvernements de la région une participation cumulée de 30 % au capital. L’objectif affiché est double : réduire les coûts du carburant pour les consommateurs finaux et préserver les devises fortes utilisées pour l’achat de produits raffinés à l’étranger.

Besoins régionaux et contexte économique

Selon David Ndii, conseiller économique en chef du président Ruto, la demande annuelle de produits pétroliers en Afrique de l’Est est estimée entre 20 millions et 30 millions de tonnes métriques. Les professionnels du secteur estiment qu’une capacité de raffinage supérieure à 1 million de barils par jour sera nécessaire pour y faire face, dans un contexte où le Kenya et l’Ouganda s’apprêtent à débuter l’exploitation de leurs gisements de pétrole brut.

Cette initiative intervient alors que la région a subi les répercussions de la flambée des prix des carburants, liée à la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Cette hausse des tarifs à la pompe avait provoqué des manifestations meurtrières dans plusieurs pays, dont le Kenya. En plus des carburants, l’infrastructure de Lamu doit stimuler des secteurs connexes tels que la pétrochimie et la production de bitume, tout en générant plus de 50 000 emplois.

Défis logistiques et contestations juridiques

Si les porteurs du projet affichent leur optimisme, des incertitudes subsistent concernant l’approvisionnement en brut local et le niveau actuel des infrastructures énergétiques dans la région.

Le projet fait également face à l’opposition de militants écologistes et d’habitants inquiets des répercussions sur la vieille ville de Lamu, classée au patrimoine mondial, ainsi que sur les écosystèmes marins fragiles de la zone. Saisie par des riverains, la Haute Cour du Kenya a ordonné la préservation de certaines parties du site dans l’attente d’une audience, une procédure susceptible d’impacter le calendrier des travaux.

De son côté, Aliko Dangote attribue cette opposition aux commerçants et aux entreprises dont les intérêts commerciaux se trouvent menacés par l’implantation de cette nouvelle raffinerie.

Partager cet article