Algérie /PPI : les ruptures de stock de réactifs fragilisent le diagnostic de santé

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réactif de laboratoire

Narimene B raconte sa galère avec le sourire et l’air fataliste de celle qui a renoncé à la colère. Elle a fondé il y a 19 ans une entreprise pour équiper les laboratoires d’analyse en machines et en réactifs. Elle n’est plus très loin de dire stop. Son chiffre d’affaires s’est effondré en un an, ses collaborateurs sont passés de 14 à 4 et surtout à tout moment un client de son réseau peut l’attaquer en justice pour non-respect du contrat d’approvisionnement en réactifs, clause qui court le plus souvent cinq ans. Il ne faut pas chercher loin le responsable de cette débâcle.

Un dispositif à effet de surprise

Le Programme prévisionnel d’importation (PPI), instauré par décret exécutif en juillet 2025 pour resserrer le contrôle du commerce extérieur et préserver les réserves de change, a bousculé sans transition le quotidien des importateurs de dispositifs médicaux. Narimene passe désormais des journées entières dans la salle bibliothèque du ministère du Commerce extérieur pour y déposer ses réclamations. Sa première commande de réactifs est restée bloquée en France durant l’été 2025, prise de court par un dispositif appliqué sans période d’adaptation.

Un an plus tard, le scénario menace de se répéter : le visa du PPI n’ouvre qu’une fenêtre de 45 jours pour finaliser la domiciliation bancaire, un calendrier qui tombe en plein congé estival de son fournisseur, disponible seulement à partir du 24 août. Il lui resterait alors une quinzaine de jours utiles pour boucler une opération dont dépend l’approvisionnement de dizaines de laboratoires clients. Le ministère a annoncé, le 6 août, un allongement à 90 jours du délai de l’étape suivante (réalisation de l’importation ) pour l’ensemble des opérateurs — un assouplissement qui ne servira pas Narimene si elle manque le délai couperet de l’enregistrement.

Le parcours du combattant de la mise en conformité

Au-delà du calendrier, Narimene a dû absorber une succession d’exigences nouvelles. Il a fallu porter le capital social de son entreprise à 20 millions de dinars pour rester habilitée à importer. Le Centre national du registre de commerce (CNRC) a ensuite tardé à délivrer son nouveau registre, invoquant une vérification réglementaire des importateurs du secteur. Restait l’étape bancaire : trouver un établissement prêt à domicilier l’opération, dans un contexte d’absence de transfert libre et où les banques elles-mêmes sont désormais contraintes par un ratio limitant le volume d’importations qu’elles peuvent financer sur l’année — et astreintes, depuis 2025, à domicilier un programme dans son intégralité auprès d’une seule d’entre elles.

Côté laboratoires, la débrouille organisée

En aval, les laboratoires anticipent. Riad W, qui dirige un laboratoire d’analyses medium-large à Alger, décrit trois lignes de défense face à la menace de rupture. D’abord, gonfler les stocks bien au-delà des besoins courants : son laboratoire tient désormais trois à quatre mois de réserve, quand les plus grosses structures de la capitale peuvent en immobiliser huit à douze, à condition d’en avoir la trésorerie et l’espace.

Ensuite, activer le réseau informel du « cabas » — une filière parallèle tolérée de fait, alimentée en partie par le différentiel entre le stock réel détenu par les laboratoires et celui, minoré, déclaré à leurs fournisseurs — complétée par des échanges directs de réactifs entre confrères en fonction des disponibilités de chacun. En dernier recours, quand la rupture est réelle, l’analyse est délocalisée chez un laboratoire partenaire de plus forte cadence, via des conventions établies à l’avance avec les quelques grandes structures d’Alger qui disposent de réserves suffisantes.

Vers une concentration forcée de la filière

Cette tension structurelle redessine l’amont de la filière. « Il ne nous reste plus qu’à trouver des partenaires pour fusionner et faire face aux exigences réglementaires, ou alors songer à fermer et aller faire autre chose », résume Narimene. La seule parade durable au PPI aura consisté, pour certains opérateurs, à rapatrier en Algérie les stocks de réactifs auparavant logés chez les fournisseurs étrangers, afin de désynchroniser leurs ventes des aléas de la domiciliation bancaire — une option hors de portée pour qui n’a pas la surface financière nécessaire. Les acteurs les plus solides absorbent ainsi une part croissante du marché, quand les plus fragiles négocient leur rachat ou disparaissent.

Un marché sous tension, un risque sanitaire

En attendant que cette recomposition se stabilise, le marché algérien des réactifs de laboratoire reste sous tension permanente. Chaque maillon de la chaîne — importateur, distributeur, laboratoire — a dû développer ses propres mécanismes de survie, officiels ou informels, pour continuer à fonctionner. Ce sont ces ajustements, invisibles pour le patient, qui permettent aujourd’hui d’éviter des ruptures de stock généralisées. Mais la marge de manœuvre se réduit à mesure que les petits importateurs quittent le secteur, et c’est bien la fiabilité du diagnostic de santé, pilier discret mais essentiel du système de soins, qui se retrouve fragilisée.

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