En attendant la conférence de presse prévue cet après-midi, Mohamed Arkab a reçu hier au siège de son département la commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Dubravka Šuica, en visite de travail en Algérie depuis la veille. L’entretien s’est tenu en présence de l’ambassadeur de l’Union européenne à Alger et de hauts cadres du département.
Selon le communiqué officiel du ministère, les deux parties ont passé en revue l’état des relations bilatérales et les perspectives de leur consolidation, dans le cadre du dialogue stratégique entre Alger et Bruxelles. Le secteur des hydrocarbures, présenté comme le « pilier » de la coopération, a occupé l’essentiel de la discussion. Échanges d’expertise, réunions techniques régulières d’experts, le vocabulaire est resté méthodique.
« Un fournisseur fiable »
Mohamed Arkab a réaffirmé la position d’Alger comme fournisseur fiable de l’Europe, en particulier sur le gaz naturel, et a mis en avant le nouveau cadre légal des hydrocarbures comme facteur d’attractivité. Référence implicite à la loi 19-13 de décembre 2019, qui régit aujourd’hui les contrats d’exploration et de production conclus avec les majors internationales. Le ministre a invité les entreprises européennes à renforcer leur présence sur le marché algérien à travers des investissements structurants, en insistant sur la transparence des procédures et la simplification administrative engagées ces dernières années.
Le rappel n’est pas anodin. En février, lors de la sixième réunion annuelle du dialogue énergétique de haut niveau coprésidée à Alger par le commissaire Dan Jørgensen, l’Union européenne avait formellement exprimé le souhait de voir s’accroître les investissements de ses entreprises dans l’amont algérien. Trois mois plus tard, le message reste suspendu.
Le Pacte pour la Méditerranée s’invite dans la discussion
Šuica a profité de l’audience pour présenter à son hôte les grandes lignes du Pacte pour la Méditerranée, lancé à Bruxelles le 16 octobre 2025 par la Commission européenne et endossé politiquement par le Conseil le 20 novembre, à la veille du 30ᵉ anniversaire du processus de Barcelone. Une mer, un pacte, un avenir. La formule, calée sur trois piliers (les personnes, l’économie et l’énergie, la sécurité et les migrations), revendique une refondation du partenariat euro-méditerranéen.
L’énergie y figure comme axe transversal. La commissaire a salué la qualité du dialogue stratégique en cours avec Alger et le rôle que joue l’Algérie dans la sécurité d’approvisionnement du continent. Elle a aussi évoqué l’intérêt croissant des entreprises européennes pour le marché algérien. La formule est restée diplomatique. Aucune annonce d’investissement chiffrée n’a été rendue publique.
Une géographie qui parle pour l’Algérie
L’audience intervient dans un contexte d’embrasement régional où la position algérienne a regagné en relief. La fermeture du détroit d’Hormuz consécutive au conflit Iran-États-Unis, depuis le 28 février, a coupé une partie des flux de GNL vers l’Europe. Les exportations algériennes de gaz naturel liquéfié ont bondi de 74 % durant les deux premières semaines de mars 2026 par rapport à février, selon les données de marché. Au premier trimestre 2025, l’Algérie représentait déjà 19,4 % des importations de gaz par gazoduc de l’UE, derrière la Norvège et devant la Russie.
Le rapport de force a aussi été redessiné, plus discrètement, par une décision d’exécution de la Commission du 9 février 2026 plaçant le GNL algérien parmi les six approvisionnements exemptés du nouveau régime de traçabilité imposé aux fournisseurs dans le cadre de l’interdiction progressive du gaz russe. Norvège, États-Unis, Royaume-Uni, Qatar, Nigeria, Algérie. Six noms.
Captage du carbone, méthane, transition
Au-delà du gaz, les deux parties ont évoqué l’élargissement du partenariat à des domaines plus techniques. Captage et stockage du CO2, technologies bas carbone, projets d’efficacité énergétique. Le règlement européen sur le méthane, entré dans l’agenda des discussions algéro-européennes depuis l’année dernière, n’a pas été cité explicitement par le communiqué. Il continue pourtant de structurer le dossier en arrière-plan. À partir de 2027, les dispositifs de surveillance, de déclaration et de vérification des émissions deviendront obligatoires pour les fournisseurs. Dès 2030, seuls ceux conformes aux plafonds européens conserveront un accès au marché.
Sonatrach a présenté ses propres efforts de décarbonation lors d’un atelier organisé en juin dernier avec la délégation de l’UE. La compagnie a adhéré au partenariat OGMP 2.0.
En toile de fond, l’Algeria Bid Round 2026
L’invitation aux entreprises européennes a une date butoir. Le 26 novembre 2026, à minuit. C’est le délai fixé pour le dépôt des offres de l’Algeria Bid Round 2026, lancé le 19 avril dernier par l’agence ALNAFT.
L’Algeria Bid Round 2026 ouvre sept blocs d’exploration aux compagnies internationales dans les bassins d’Illizi, Berkine, Oued Mya, Benoud et Amguid, avec dépôt des offres fixé au 26 novembre 2026 et signatures attendues début 2027. C’est le second cycle organisé sous la loi 19-13, après celui de 2024, qui avait abouti, en juillet 2025, à la signature de cinq contrats pour 606 millions de dollars d’investissements minimaux d’exploration. Eni, TotalEnergies, Sinopec, Qatar Energy, ZPEC, PTTEP, Zangas et Filada figurent parmi les attributaires.
Rappellons aussi que Sonatrach a annoncé, quelques mois plutôt, un plan d’investissement de 60 milliards de dollars sur la période 2025-2029, dont 80 % fléchés vers l’amont.


