Algérie : un bilan ODD solide, mais une équation budgétaire encore sous tension

Dans son Rapport national volontaire 2026 sur les Objectifs de développement durable, l’Algérie met en avant des progrès sociaux substantiels et une stratégie publique plus structurée. Mais derrière ce bilan flatteur, une question demeure : comment financer durablement ce modèle sans accélérer vraiment la diversification de l’économie ?

Said Merad
5 min de lecture
Les objectifs du développement durable de l'Algérie à l'horizon 2035

Une ambition publique assumée

Le Rapport national volontaire 2026 présente une Algérie engagée dans une logique de rattrapage et de modernisation, avec un État qui reste le moteur principal de l’action économique et sociale. Le document insiste sur la budgétisation par programme, portée par la LOLF et le Cadre budgétaire à moyen terme, censés mieux relier la dépense publique aux résultats attendus.

Sur le papier, cette orientation marque un progrès important. Elle traduit une volonté de rationaliser l’action publique et de mieux aligner les allocations budgétaires sur les priorités de l’Agenda 2030. Mais le rapport reconnaît aussi que cette architecture reste fragilisée par une contrainte majeure : la dépendance persistante aux hydrocarbures, qui continue d’exposer les finances publiques aux fluctuations extérieures.

Le coût d’un modèle social protecteur

C’est sur le terrain social que le bilan apparaît le plus convaincant. Le rapport met en avant l’extrême pauvreté contenue à moins de 0,5 %, une couverture sociale passée de 55,2 % à 67 % entre 2015 et 2024, l’accès quasi universel à l’eau potable et à l’électricité, ainsi qu’un important effort en matière de logement, avec 1 700 479 unités distribuées entre 2020 et 2024.

Ces résultats ne doivent pas être minimisés. Ils montrent que l’État algérien conserve une forte capacité redistributive et qu’il continue à amortir les chocs sociaux dans un contexte régional et international instable. Mais ce bilan a un prix. Le rapport rappelle que les subventions alimentaires représentent 15 % du PIB et que le seul secteur de la construction mobilise 13,3 % du PIB, signe d’un modèle social et économique encore massivement soutenu par la dépense publique.

Une soutenabilité encore incertaine

C’est là que le discours officiel rencontre sa principale limite. Le rapport souligne que les recettes publiques rapportées au PIB sont passées de 34,43 % en 2019 à 26,05 % en 2024, dans un contexte de modération des cours pétroliers. En parallèle, l’État affiche une dette extérieure très faible, avec un service de la dette ramené à 0,68 % des exportations en 2024, ce qui protège la souveraineté financière du pays.

Cette prudence macroéconomique constitue un atout. Mais elle ne résout pas la question de fond : un modèle fondé sur la redistribution ne peut rester durable que si la base productive s’élargit et si les recettes hors hydrocarbures progressent réellement. Le rapport cite lui-même comme priorités l’élargissement de l’assiette fiscale, la modernisation du recouvrement et la lutte contre la fraude, preuve que la question des ressources reste centrale.

Le vrai test : produire davantage

Le document identifie clairement la diversification économique comme l’un des cinq grands chantiers de la période 2026-2030. L’objectif affiché est de porter la part de l’industrie

manufacturière à 12 % du PIB d’ici 2030, tout en misant sur les chaînes de valeur nationales, la ZLECAf, la transition énergétique et la numérisation.

L’orientation est cohérente, mais elle reste pour l’instant plus programmatique que démontrée. Le rapport mentionne aussi des obstacles bien connus : faiblesse de l’investissement direct étranger, accès limité au financement pour les PME, déficit de compétitivité, lourdeurs logistiques et bureaucratiques. Autrement dit, la diversification est identifiée comme une nécessité, mais pas encore comme un acquis.

Un bilan global positif, mais pas encore transformateur

Au total, le rapport livre une synthèse crédible sur un point : l’Algérie a bien avancé sur plusieurs ODD, notamment dans les domaines sociaux, des infrastructures de base et de la numérisation. Les progrès sur la santé, l’éducation, la connectivité, la protection sociale et l’accès aux services essentiels sont réels et donnent au pays un socle de stabilité appréciable.

Mais l’enjeu décisif des prochaines années sera économique. Le défi n’est plus seulement de financer la cohésion sociale, mais de la rendre moins dépendante de la rente et de la dépense publique. En ce sens, le VNR 2026 montre moins l’aboutissement d’un modèle que le moment de vérité auquel ce modèle est désormais confronté.

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