Asmidal signe un accord pour sécuriser ses exportations face aux nouvelles restrictions carbone européennes

Maghreb Emergent
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Le P-DG d'Asmidal et la DG du CRE lors de la cérémonie de signature.

Le groupe industriel algérien Asmidal a signé hier , au siège de Fertial, un accord-cadre de cinq (05) ans ainsi qu’un contrat d’application avec le Centre de Recherche en Environnement de Annaba (CRE). La cérémonie s’est déroulée en présence du Président-Directeur Général du groupe, M. Mohamed Noureddine Bencada, de la Directrice Générale du Centre, Mme Zahad Bouslama, ainsi que des cadres des deux parties contractantes.

Cet accord s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre du système MRV (Measurement, Reporting and Verification), conforme à la norme ISO 14064:2018, au niveau des usines Fertial de Annaba et d’Arzew. L’objectif affiché est clair : répondre aux exigences du CBAM (Carbon Border Adjustment Mechanism), le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’Union européenne, afin de sécuriser les exportations du groupe vers le marché européen.

Le CBAM, un nouvel obstacle tarifaire pour les exportateurs algériens

Le CBAM a été proposé par la Commission européenne en juillet 2021 dans le cadre du paquet législatif « Fit for 55 », visant à réduire les fuites de carbone en imposant un prix carbone sur les importations de biens à forte intensité énergétique. Entré dans sa phase transitoire en octobre 2023, le mécanisme impose déjà aux importateurs de déclarer trimestriellement les émissions incorporées dans leurs marchandises, sans paiement effectif. Sa phase définitive doit démarrer en janvier 2026, avec une extension progressive à six secteurs jusqu’à couvrir 100 % des émissions importées d’ici 2034.

Concrètement, les entreprises exportatrices devront acheter des certificats carbone pour couvrir leurs émissions, ce qui alourdira leurs coûts opérationnels, tout en nécessitant des investissements conséquents pour moderniser leurs équipements et réduire leur empreinte carbone selon des normes internationales comme l’ISO 14064 — exactement le cadre visé par l’accord Asmidal-CRE.

Des voix algériennes pointent toutefois une faille structurelle du dispositif : le CBAM ne prend pas en compte les émissions liées au transport, plaçant des produits comme l’acier algérien dans la même catégorie que leurs équivalents asiatiques, malgré des différences considérables de distance et de chaînes logistiques. Pour anticiper ces effets, l’Algérie a lancé un appel d’offres, en coopération avec des partenaires européens et allemands (GIZ et BMZ, financement UE), afin d’évaluer l’impact du mécanisme sur son économie.

Le règlement méthane, une contrainte supplémentaire sur les hydrocarbures

Les exportations énergétiques algériennes, dont 64,5 % sont destinées à l’Europe, font face à une autre échéance réglementaire : le règlement européen sur les émissions de méthane (UE 2024/1787), dont l’entrée en vigueur est prévue en janvier 2027. Ce texte impose aux exportateurs de mesurer, déclarer et faire vérifier leurs émissions de méthane selon des standards européens harmonisés, ainsi que des inspections régulières pour détecter et réparer les fuites.

En réponse, l’Algérie a cosigné le 23 juin 2026 une lettre ouverte avec le Qatar, le Nigeria et les États-Unis, adressée à la présidence de la Commission et du Conseil européens, appelant à des ajustements urgents pour préserver la sécurité énergétique et les contrats à long terme. Alger réclame notamment un mécanisme de « pause horaire » offrant un délai supplémentaire d’adaptation, tandis que Sonatrach a déjà entamé sa mise en conformité avec l’appui de partenaires européens et allemands via des technologies de surveillance satellitaire et thermique.

L’acier et le fer toujours sous quotas de sauvegarde

Le secteur du fer et de l’acier, sur lequel l’Algérie mise pour diversifier ses exportations, reste soumis à un système de quotas de sauvegarde européen, plafonnant les volumes exportables avant l’application de droits de douane élevés sur tout surplus. Le Président Abdelmadjid Tebboune a réitéré son rejet de ce dispositif, qualifiant l’imposition de « quotas » à l’Algérie d’« inacceptable », alors que le pays n’applique pas de restrictions similaires à ses propres importations européennes.

Vers une révision de l’accord d’association

Face à l’accumulation de ces pressions réglementaires, l’Algérie a officiellement lancé un chantier de révision de l’accord d’association avec l’Union européenne, en vigueur depuis plus de vingt ans. Alger cherche à faciliter l’accès de ses produits industriels — fer, acier, engrais — au marché européen, tandis que Bruxelles a récemment manifesté une ouverture de principe à cette révision.

Dans ce contexte de durcissement réglementaire européen, l’accord signé par Asmidal avec le Centre de recherche en environnement de Annaba apparaît comme une démarche proactive, s’inscrivant dans une stratégie algérienne plus large d’adaptation aux exigences environnementales de l’UE, parallèlement aux efforts diplomatiques visant à alléger les contraintes commerciales pesant sur les exportations nationales.

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