Gaz européen : les prix flambent, ce que l’Algérie peut réellement en tirer

Le gaz européen retrouve des niveaux inédits depuis 2023. Une hausse que la Banque centrale européenne n'avait pas vue venir. Cette flambée, à l’approche de l’hiver, pourrait aussi avoir des répercussions sur les recettes gazières de l’Algérie.

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Des billets en euros brûlent dans la flamme d'une cuisinière à gaz, illustration de la hausse des prix de l'énergie en Europe. © iStockphoto

Le prix du gaz sur le marché européen a atteint 73 euros le mégawattheure le 7 septembre, son plus haut niveau depuis 2023. Le seuil dépasse même les pics enregistrés au printemps, lors du regain de tensions entre Washington et Téhéran. La comparaison avec 2022 garde ses limites : au déclenchement de la guerre en Ukraine, le baromètre européen avait franchi les 300 euros. Mais la trajectoire actuelle inquiète pour une autre raison. Elle grimpe sans interruption depuis janvier, et elle a déjà dépassé les hypothèses retenues par la Banque centrale européenne pour construire ses projections d’inflation.

Le mouvement s’est amorcé début mars, quand les premières frappes américaines et israéliennes contre l’Iran ont fait bondir le TTF néerlandais de 32 à plus de 60 euros en quelques jours. Depuis, chaque nouvel épisode au détroit d’Ormuz, par où transite un cinquième du commerce mondial de gaz naturel liquéfié, a redonné de la vigueur à la hausse. Fin août, un regain de tension entre Washington et Téhéran a suffi à repousser les cours au-dessus de 70 euros.

Un décalage qui inquiète la Banque centrale

Les prévisionnistes n’avaient pas anticipé ce scénario. En juin, les projections de la BCE tablaient sur une inflation globale à 3,4 % pour le troisième et le quatrième trimestre 2026, en intégrant déjà une facture énergétique dégradée. Le niveau atteint début septembre dépasse ce cadre. Les économistes d’Oxford Economics évoquent désormais une inflation en zone euro susceptible d’approcher 3,5 % au second semestre, contre un peu plus de 3 % dans leur scénario de référence antérieur.

Les marchés à terme en ont tiré les conséquences avant même l’institution de Francfort. Dès mars, les paris des investisseurs s’étaient retournés, passant de baisses de taux anticipées à des scénarios de hausse. « La BCE devrait maintenir ses taux inchangés lors de sa réunion de la semaine prochaine », déclarait alors Grant Slade, économiste international chez Morningstar, tout en jugeant que les marchés avaient réagi de façon excessive. Six mois plus tard, la question ne porte plus sur une réaction excessive ou non, mais sur la durée que prendra la transmission de la hausse de gros vers les factures des ménages, un délai qu’Oxford Economics situe en moyenne à six mois.

L’Italie, forte consommatrice de gaz et dotée d’une répercussion tarifaire rapide, figure parmi les économies les plus exposées selon ce cabinet. La France et l’Espagne suivent un rythme comparable, quand l’Allemagne et l’Autriche, via des contrats à prix fixe plus longs, amortissent un peu mieux le choc à court terme.

Ce que l’Algérie peut réellement en attendre

L’Algérie assure l’essentiel de ses recettes en devises via les hydrocarbures, plus de 90 % du total. Ses exportations gazières se répartissent entre gazoduc, 67 %, via Medgaz vers l’Espagne et Transmed vers l’Italie, et GNL, pour le tiers restant. Les recettes de Sonatrach étaient passées de 60 milliards de dollars en 2022 à environ 41-42 milliards en 2025, sous l’effet du reflux des cours après le pic post-Ukraine.

Cela étant, il ne faut pas négliger les deux éléments structurels qui limitent l’exposition directe du pays à la flambée du TTF. D’abord l’indexation des contrats long terme : historiquement liés au prix du pétrole plutôt qu’au comptant néerlandais, ils ne répercutent pas mécaniquement une hausse du gaz spot sur les recettes algériennes. Ensuite la consommation intérieure, qui absorbe près de la moitié de la production nationale et réduit d’autant le volume disponible à l’export.

La tension observée en Europe s’est toutefois traduite par un geste diplomatique concret. Fin août, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, s’est rendu à Alger, avec une délégation économique, pour plaider en faveur de contrats gaziers de long terme. Les réserves allemandes, remplies à 53 % contre une moyenne européenne de 65 %, restent en dessous de l’objectif fixé pour le 1ᵉʳ novembre. Le responsable allemand a lui-même relié cette démarche à la crise du détroit d’Ormuz, qu’il a présentée comme un facteur de la hausse des prix.

Cette visite s’inscrit dans une coopération déjà engagée. Sonatrach avait livré une première cargaison de GNL vers l’Allemagne en juillet, et un accord avec l’énergéticien VNG prévoit désormais une hausse des exportations de gaz algérien vers l’Allemagne à partir du 1er janvier 2027.

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