Augusta : comment l’ancien pari controversé de Sonatrach profite du boom du raffinage

La crise du détroit d'Ormuz fait grimper les marges de raffinage en Europe à des niveaux inédits. Parmi les bénéficiaires, la raffinerie sicilienne d'Augusta, seule acquisition internationale de Sonatrach dans le raffinage, rachetée en 2018 dans des conditions qui ont valu à son ancien PDG une condamnation pour corruption.

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Vue aérienne de la raffinerie d'Augusta, en Sicile, exploitée par Sonatrach depuis 2018. ©Sonatrach

Depuis février, l’écart entre le cours du pétrole brut et celui des produits raffinés s’est considérablement creusé en Europe, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de capacités de raffinage contraintes. Les marges européennes ont atteint 281 euros la tonne début septembre, contre 41 euros sept mois plus tôt.

Cette rentabilité tranche avec les débuts de l’opération. En décembre 2018, Sonatrach finalisait le rachat de la raffinerie auprès d’Esso Italiana, filiale d’ExxonMobil, pour environ 720 millions de dollars. L’accord, signé à Rome en mai 2018 à l’issue d’un appel d’offres concurrentiel lancé par Esso Italiana en août 2017, portait sur un ensemble intégré : la raffinerie elle-même, d’une capacité de traitement de 10 millions de tonnes par an, ainsi que trois terminaux pétroliers à Augusta, Naples et Palerme.

L’opération, décidée par l’ex-PDG Abdelmoumen Ould Kaddour dans le cadre de la stratégie « SH 2030 », devait offrir à Sonatrach une plateforme capable de traiter le Sahara Blend algérien, de combler le déficit structurel de l’Algérie en gasoil et en essence, et d’exporter vers un marché méditerranéen où Augusta revendiquait alors un quart des parts.

À ce jour, c’est le seul actif de raffinage que Sonatrach détient à 100 % hors du territoire national, à la différence de sa participation minoritaire dans le complexe pétrochimique de Ceyhan, en Turquie, limitée à 34 %.

Un prix resté au cœur du contentieux

L’euphorie a rapidement laissé place au contentieux judiciaire. Au cours du procès qui s’est tenu à Alger, le juge a lui-même estimé excessif le prix de cette raffinerie datant des années 1950. Le parquet a chiffré le coût total de l’opération à 2,1 milliards de dollars, une fois ajoutés au prix d’achat les 916 millions de dollars déboursés pour acquérir le pétrole déjà stocké dans la raffinerie et d’importantes sommes consacrées aux travaux de rénovation. Le parquet avait requis 18 ans de prison contre Ould Kaddour, extradé des Émirats arabes unis en août 2021.

Le tribunal de première instance de Sidi M’hamed l’a condamné, le 15 novembre 2022, à 15 ans de prison ferme pour corruption, dilapidation de fonds publics et abus de fonction, une peine ramenée à 10 ans en appel par la cour d’Alger. Ahmed Mazighi, son ex-adjoint qui avait piloté le rachat, a vu sa peine réduite à 4 ans en appel.

Le passif hérité a pesé lourd sur les premières années d’exploitation. SRI affichait un bilan fiscal 2018 marqué par une dette commerciale et actionnariale de 850 millions d’euros, financée par des prêts contractés auprès des filiales étrangères du groupe faute de fonds de roulement propres. Même les annonces de rentabilité ont été contestées : un bénéfice de 450 millions d’euros claironné pour le premier trimestre 2022 a dû être ramené, une fois les impôts déduits, à environ 70 millions.

Un redressement porté par la restructuration

Sous la direction de Rosario Pistorio, à la tête de SRI depuis décembre 2018 et reconduit en février 2026, le groupe a mené une algérianisation progressive de la gouvernance, quatre administrateurs algériens ayant rejoint un conseil où Pistorio reste seul représentant italien, et de l’emploi, avec 340 recrutements sous pavillon algérien sur un effectif total de 760 personnes. Le site a diversifié ses sources d’approvisionnement, avec un accord de cinq ans conclu avec l’Azerbaïdjanaise SOCAR pour de l’Azeri Light, et a mis ses lignes de production aux normes européennes de biocarburants avec le lancement d’une essence E5. Chaque année, Augusta fournit par ailleurs à l’Algérie environ 500 000 tonnes de bitume pour les infrastructures routières.

Le dossier judiciaire sur les conditions de l’acquisition initiale reste ouvert. Huit ans après une opération jugée précipitée et surpayée, Augusta s’impose comme l’un des actifs industriels les plus rentables de Sonatrach hors d’Algérie, sans que la conjoncture actuelle règle la question de savoir si le prix payé en 2018 et les conditions dans lesquelles il l’a été, étaient justifiés.

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