Trois ans et demi après sa signature à Alger, le mémorandum d’entente entre l’Algérie et l’Azerbaïdjan dans les hydrocarbures vient seulement d’être ratifié. Le décret présidentiel, paru au Journal officiel n°38, valide un texte paraphé le 29 septembre 2022. Il s’agit de « promouvoir la coopération bilatérale dans le domaine du pétrole et du gaz, sur la base de l’égalité et de l’intérêt mutuel ».
Le point dur du document concerne Augusta. La raffinerie sicilienne, acquise en 2018, recevra « un approvisionnement à long terme en pétrole léger azerbaïdjanais et autres types de pétrole brut ». La livraison passera par Socar, la compagnie nationale d’Azerbaïdjan, vers Sonatrach Raffineria Italiana, la filiale italienne du groupe algérien. Le décret le formule noir sur blanc.
Le rachat d’Augusta avait laissé des traces. Sonatrach l’avait emporté face à la concurrence en décembre 2018, reprenant à Esso Italiana, filiale à 100 % d’ExxonMobil, la raffinerie et trois terminaux pétroliers à Augusta, Naples et Palerme. Prix de la transaction, environ 720 millions de dollars. À l’époque, le PDG Abdelmoumen Ould Kaddour parlait d’un « prix extraordinaire, soit moins d’un milliard de dollars ». Le dossier a depuis nourri des poursuites judiciaires visant l’ancienne direction, sur la rentabilité de l’opération et l’état réel des installations.
Sur la base de l’égalité et de l’intérêt mutuel
Le texte couvre les cadres juridiques et réglementaires des activités pétrolières et gazières, l’exploration et la production d’hydrocarbures onshore et offshore, le développement de projets et des industries pétrochimiques, la commercialisation et le transport de produits énergétiques, dont le naphta et le GNL. Bakou et Alger s’engagent aussi sur l’hydrogène et la construction d’infrastructures, deux chantiers où aucun calendrier n’apparaît dans le décret.
L’arrangement présente une particularité. Augusta traite habituellement le Sahara Blend algérien et le fuel résiduel de la raffinerie de Skikda. Faire venir du brut léger de la Caspienne revient à diversifier les sources d’alimentation d’un actif que Sonatrach a précisément acheté pour couvrir les déficits algériens en essence et en gasoil. La raffinerie affiche une capacité d’environ 10 millions de tonnes par an et revendiquait, au moment de l’acquisition, un quart du marché méditerranéen.
Deux producteurs aux poids inégaux
Les deux signataires ne jouent pas dans la même catégorie. L’Azerbaïdjan, dix millions d’habitants, a produit en 2025 quelque 460 000 barils de brut par jour, 570 000 en intégrant le condensat, selon le ministère azerbaïdjanais de l’Énergie. La production recule d’année en année à mesure que le gisement vieillissant d’Azeri-Chirag-Gunashli, exploité par BP, s’épuise. Côté gaz, le pays tourne autour de 50 milliards de mètres cubes par an. L’Algérie reste devant sur les deux tableaux, avec une production pétrolière proche du million de barils quotidiens et plus de 100 milliards de mètres cubes de gaz.
L’économie azerbaïdjanaise vit des hydrocarbures, qui pèsent l’essentiel de ses exportations. Le mémorandum ouvre à Socar un débouché stable pour son brut léger, et à Sonatrach une source d’alimentation supplémentaire pour une raffinerie qu’elle continue de défendre comme une tête de pont européenne.
L’accord prévoit une coordination « dans les enceintes internationales ». Les deux pays siègent à l’OPEP+, où Bakou produit déjà sous son quota.


