Aux États-Unis, l’offensive chinoise de l’IA open source divise la Silicon Valley

Un schisme d'une violence inédite fracture la Silicon Valley, opposant les tenants des modèles d'intelligence artificielle dits « fermés » à une coalition d'acteurs plaidant pour l'accès ouvert (open source). Au cœur de cette confrontation : l'émergence d'alternatives chinoises à bas coût et la crainte de voir Washington adopter une réglementation qui redistribuerait les cartes du marché au profit des modèles propriétaires américains.

Maghreb Emergent
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OpenAI et Anthropic accusé de s'opposer à l'IA open source pour préserver une position dominante (dr)

Vendredi, le fabricant de semi-conducteurs Nvidia, emmené par son PDG Jensen Huang, a orchestré une importante tribune commune signée par une vingtaine de géants de la technologie. Parmi eux figurent Meta, Microsoft, Google, IBM, Dell ainsi que plusieurs start-up du secteur. Dans ce document, les signataires mettent en garde contre une restriction de l’accès aux modèles open source. Selon eux, le leadership technologique des États-Unis repose sur la diffusion de ces outils dans le tissu économique, permettant aux entreprises d’adopter l’IA à un coût économiquement viable sans dépendre exclusivement des modèles propriétaires d’acteurs tiers.


Cette prise de position publique est une réponse directe aux récentes démarches menées à Washington par OpenAI et Anthropic. Les deux start-up, créatrices respectives de ChatGPT et Claude, sont accusées par leurs concurrents de plaider en faveur d’un encadrement plus strict des modèles ouverts développés en Chine, en invoquant des arguments liés à la sécurité nationale. Leurs détracteurs estiment toutefois qu’une telle approche vise surtout à conforter la position dominante des fournisseurs de modèles fermés.


Tensions autour du « modèle ouvert » chinois


OpenAI et Anthropic préparent leurs futures introductions en Bourse et commercialisent leurs technologies sous forme de licences fermées payantes. L’apparition sur le marché de modèles chinois performants et bon marché — tels que ceux présentés par DeepSeek, 01.AI ou Moonshot AI — représente un défi économique pour ce modèle, en exerçant une pression croissante sur les prix des services d’IA.


Les deux entreprises soutiennent que la diffusion libre de modèles très puissants comporte des risques de prolifération, de détournement à des fins militaires ou de cyberattaques, justifiant selon elles un encadrement renforcé. Anthropic accuse en outre Moonshot AI d’avoir eu recours à des techniques de « distillation » à partir de ses propres modèles propriétaires pour accélérer le développement de sa technologie, une pratique qu’elle assimile à une atteinte à sa propriété intellectuelle.


Ces accusations sont contestées par une partie de l’industrie, qui rappelle que la distillation constitue une technique largement utilisée pour optimiser les modèles d’IA.


Divisions au sein de l’administration américaine


À Washington, la ligne dure défendue par les deux entreprises ne fait pas l’unanimité. David Sacks, conseiller de la Maison-Blanche pour l’intelligence artificielle, a publiquement accusé OpenAI et Anthropic d’utiliser les arguments de sécurité nationale pour limiter l’émergence de concurrents susceptibles de remettre en cause leur modèle économique. Des représentants de jeunes start-up américaines, regroupés au sein de la Little Tech Association, redoutent quant à eux qu’une interdiction des IA ouvertes ne conduise à une concentration accrue du marché, augmentant leurs coûts d’exploitation au point d’en menacer la viabilité.


Cette controverse survient alors que Moonshot AI, fondée à Pékin en mars 2023, a présenté son dernier modèle Kimi K3 lors de la Conférence mondiale sur l’IA à Shanghai.


Son cofondateur, Yang Zhilin, est un ancien chercheur formé à l’université Tsinghua puis aux États-Unis, où il a effectué son doctorat sous la direction de Russ Salakhutdinov (ancien directeur de la recherche en IA chez Apple) et collaboré avec plusieurs figures majeures du secteur, dont Yann LeCun et Yoshua Bengio. Après un passage chez Google Brain en 2018, il a décliné les propositions des grands groupes américains pour retourner enseigner et entreprendre en Chine. Moonshot AI prépare désormais une introduction en Bourse à Hong Kong dans un délai de six mois, avec une valorisation attendue de plus de 30 milliards de dollars.

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