Le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Lamine Lebbou, a annoncé mardi 28 avril, en marge du « CEO Survey » au Centre international de conférences Abdelatif Rahal d’Alger, la publication, dans les sept jours, d’une directive contraignante à destination de toutes les banques de la place, portant sur la mise en œuvre des normes « Connaissance du client » — KYC, pour Know Your Customer.
Ce n’est pas une annonce anodine. C’est la première fois que la Banque d’Algérie fixe un cadre obligatoire et unifié sur ce sujet pour l’ensemble du secteur. Une initiative déjà appliquée par Algérie Poste.
Ce que le KYC change concrètement
Le système KYC est un mécanisme appliqué par les banques et les établissements financiers pour identifier et vérifier l’identité des clients et des opérateurs, de manière à garantir la transparence des transactions, limiter les fraudes et les opérations suspectes, et renforcer la sécurité du système bancaire. En clair : votre banque doit savoir précisément qui vous êtes, d’où vient votre argent, et à quoi servent vos transactions.
Pour les opérateurs économiques, la directive prévoit une disposition pratique : les acteurs économiques pourront, sur simple déclaration, indiquer leurs revenus futurs et l’utilisation prévue de leurs fonds, sans se heurter à des obstacles administratifs. C’est une tentative d’équilibre entre contrôle et fluidité des affaires — deux exigences que les banquiers algériens ont souvent eu du mal à concilier.
Pourquoi maintenant ?
La loi monétaire et bancaire a ouvert la porte à de nouveaux acteurs — banques numériques et prestataires de services de paiement — dont les dossiers sont actuellement examinés par la Banque centrale. Leur entrée en activité est désormais une question de mois. L’arrivée de ces nouveaux opérateurs dans un environnement sans cadre KYC unifié aurait posé un vrai problème de régulation.
À cela s’ajoute la pression internationale. Le gouverneur a souligné la nécessité du respect des dispositions relatives à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. L’Algérie ne peut pas se permettre de rater le coche sur ce point : les organismes internationaux comme le GAFI évaluent régulièrement les dispositifs nationaux, et les défaillances ont des conséquences sur la crédibilité du système financier du pays auprès des partenaires étrangers.
Algérie Poste déjà en avance
Le gouverneur a salué les efforts déjà accomplis par La Poste algérienne dans la mise à jour de ses fichiers KYC, citant l’institution comme un exemple à suivre pour les autres acteurs du secteur. Ce n’est pas rien. Algérie Poste gère des millions de comptes CCP et constitue le principal point de contact bancaire pour une large partie de la population — notamment dans les zones rurales.
Le gouverneur a affirmé que la réussite de l’inclusion financière passe par la prise en compte de la nature des activités économiques et de leur environnement, soulignant l’importance de la numérisation pour capter la masse monétaire circulant hors des circuits officiels.
C’est là le vrai enjeu. Une partie significative de l’économie algérienne tourne encore en cash, hors circuits bancaires formels. La généralisation du KYC ne vise pas uniquement à sécuriser les transactions — elle s’inscrit dans un projet plus large de bancarisation effective et de traçabilité des flux financiers. Sans identification robuste des clients, aucune politique d’inclusion financière sérieuse n’est possible.


