Brent à 116 dollars : Trump, de l’effet-choc à l’effet-bruit

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Il y a exactement une semaine, l’annonce par Donald Trump de l’annulation des frappes américaines sur les infrastructures énergétiques iraniennes avait suffi à faire plonger le Brent de 112 à 102 dollars en quelques heures. Ce lundi 30 mars, le même baril cote 116,01 dollars, en hausse de plus de 3 %. Le WTI repasse au-dessus des 101 dollars. En sept jours, le marché a non seulement effacé la correction mais l’a dépassée de quatorze dollars. La parole présidentielle a produit son effet. Puis le marché a repris sa trajectoire comme si elle n’avait pas eu lieu.

De l’annulation des frappes à l’accord partiel

La séquence de la semaine écoulée illustre une mutation dans le rapport entre rhétorique présidentielle et formation des prix. Le 10 mars, une seule déclaration depuis le golf de Doral avait provoqué le plus grand mouvement intrajournalier jamais enregistré sur le Brent, de 119,50 à 83,66 dollars. L’annulation des frappes sur les infrastructures, annoncée la semaine dernière, a reproduit l’effet à moindre échelle, ramenant le baril de 112 à 102 dollars. Mais la correction a tenu moins longtemps à chaque fois.

Dimanche soir, Trump a affirmé que l’Iran aurait accepté une partie de son plan de paix, tout en maintenant la menace d’une frappe sur l’île de Kharg, principal terminal d’exportation pétrolier iranien concentrant entre 90 et 95 % des exportations iraniennes. Le marché a répondu par une hausse, non par une baisse. La même source d’information qui faisait chuter les cours il y a dix jours les fait désormais monter.

Ce que Kharg change dans le calcul

L’île de Kharg n’est pas Hormuz. Une perturbation du détroit affecte les flux de transit de l’ensemble de la région. Une frappe sur Kharg ciblerait directement la capacité de production iranienne, soit environ deux millions de barils par jour retirés de l’offre mondiale de façon potentiellement durable. Les analystes d’ING avaient averti dès début mars que seule une reprise physique des flux, et non une déclaration, pouvait ancrer un mouvement de baisse. La menace sur Kharg fonctionne selon la logique inverse : elle pricifie une destruction physique d’offre, pas une promesse diplomatique.

Le marché intègre désormais deux scénarii simultanément. Le premier, celui d’un accord partiel qui laisserait les infrastructures intactes mais maintiendrait une incertitude sur Hormuz. Le second, celui d’une frappe chirurgicale sur Kharg qui retirerait durablement du brut iranien du marché mondial. La coexistence de ces deux lectures explique la hausse de ce matin mieux que n’importe quel indicateur technique.

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