Onze virgule sept milliards de dollars. C’est le montant que l’Algérie avance dans sa nouvelle Contribution déterminée au niveau national pour chiffrer ce que lui coûte, chaque année, l’inaction climatique. Déposé en juin auprès de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, le document cite une étude préparatoire au Plan National Climat, commandée par le ministère de l’Environnement, datée de 2017.
Cette étude évaluait les dommages annuels liés au climat à 6,9 % du PIB algérien. Une part de cette somme, 4,9 milliards de dollars, provenait des dommages climatiques et des inefficiences du secteur énergétique. Depuis, aucune réactualisation dans le document officiel, alors que le texte reconnaît par ailleurs une aggravation continue, sécheresses plus fréquentes, vagues de chaleur, feux de forêt. Des rendements agricoles en baisse de 20 à 30 % selon les cultures. Une érosion côtière chiffrée à 313 millions de dollars par an. Des signaux, disséminés dans le texte, jamais rassemblés en un total qui remplacerait celui de 2017.
Ce que suggère la Commission économique pour l’Afrique
À défaut de mise à jour algérienne, un webinaire tenu le 1er octobre 2025 à Rabat, organisé par le bureau nord-africain de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique, a avancé qu’une hausse d’un degré de la température mondiale moyenne pourrait faire perdre jusqu’à 11 % du PIB par habitant en Afrique du Nord, contre 8 % redoutés pour l’ensemble du continent. Une hausse locale équivalente ferait perdre 5 % de plus.
Ces pourcentages ne se traduisent pas en dollars pour l’Algérie seule, et parlent d’un futur plutôt que d’un dommage constaté. L’Organisation météorologique mondiale, dans son rapport sur l’état du climat en Afrique publié début septembre 2024, situait les pertes annuelles moyennes des pays africains entre 2 et 5 % du PIB, et plaçait l’Afrique du Nord parmi les sous-régions au réchauffement le plus rapide du continent depuis les années 1990.
Un chiffre qui sert d’abord à négocier
Ce chiffre de 2017 n’a rien d’un détail dans l’architecture du document. Il justifie la demande algérienne de financement international, 1,1 milliard de dollars par an pour l’adaptation, 24 milliards sur 2026-2035 pour la trajectoire conditionnée à l’appui extérieur, une logique de mobilisation de devises qui rejoint celle de la récente instruction de la Banque d’Algérie facilitant la domiciliation des exportations. Un chiffre de dommages sous-évalué affaiblirait l’argument. Réactualisé à la hausse, il le renforcerait.
Le futur Plan National d’Adaptation, en préparation, doit apporter des précisions sectorielles. Son adoption est prévue cette année. Rien, dans le texte déposé à l’ONU, n’indique s’il comblera ce vide statistique vieux de près d’une décennie, sur lequel repose pour l’instant tout le raisonnement économique de la nouvelle CDN algérienne.



