CPA : et si la performance 2025 tenait aux 830 milliards de bons du Trésor ?

8 min de lecture
Siège du Crédit populaire algérien à Alger (DR)

Le Crédit Populaire d’Algérie vient de publier des résultats 2025 records. La part qu’y prennent les bons du Trésor reste cependant la grande absente du communiqué.

Le Crédit Populaire d’Algérie (CPA) a publié mardi 5 mai le communiqué arrêtant ses comptes de l’exercice 2025. Près de 94 milliards de dinars de produit net bancaire, un résultat net de 48,2 milliards, des fonds propres à 362,7 milliards, et un dividende proposé de 175 dinars par action contre 125 dinars un an plus tôt. La banque parle d’une «performance commerciale sans précédent». Le communiqué ne mentionne pas un chiffre qui figure pourtant dans les états financiers de 2024 : 830 milliards de dinars en bons du Trésor au bilan.

Pour les actionnaires entrés en mars 2024 à 2 300 dinars l’action, le rendement annoncé s’établit à 7,61 % au 31 décembre 2025. Au cours du 28 avril 2026, qui se traite désormais sous le prix d’introduction, ce même rendement grimpe à 8,37 %. La distribution reste subordonnée à l’approbation de l’Assemblée générale ordinaire.

Une progression de 26 % du PNB

Le communiqué parle d’une progression de 26 % du PNB par rapport à 2024, et d’un taux de réalisation de 114 % des objectifs fixés. Les chiffres compilés à partir des états financiers publiés par les banques pour l’exercice 2024 donnent un PNB CPA de 74,41 milliards de dinars, un résultat net de 41,93 milliards, des fonds propres à 317,6 milliards et un total bilan de 3 237 milliards. La hausse du résultat net atteint donc 15 % sur un an, celle des fonds propres 14 %.

Le CPA reste, à fin 2025, le pilier du compartiment principal de la Bourse d’Alger. Sur les 4 483 transactions exécutées au second semestre 2025, 2 895 portaient sur le seul titre CPA. La place algéroise, qui pèse désormais 744 milliards de dinars de capitalisation, repose à plus de 60 % sur cette unique valeur. Le communiqué reste muet sur la composition du portefeuille de placements. C’est précisément là que se situe la zone d’ombre.

830 milliards en bons du Trésor à fin 2024

Selon les états financiers publiés par les banques, le portefeuille de bons du Trésor du CPA atteignait 830 milliards de dinars à fin 2024, soit 25,6 % de son total bilan. Ce ratio reste plus modéré que celui de la BNA (3 196 milliards de bons, 55 % du bilan) ou de la BEA (1 463 milliards, 27,5 %). Mais il a, comme partout dans le système public algérien, fortement progressé en quatre ans.

À l’échelle du secteur, les banques algériennes détenaient à fin 2024 un total de 8 303 milliards de dinars de titres du Trésor, soit environ 34 % de leurs bilans cumulés. Les banques publiques portaient à elles seules 7 685 milliards de cette dette. La quasi-totalité du financement intérieur du déficit budgétaire passe par cette mécanique.

En quatre ans, la part des titres d’État dans les bilans bancaires a été multipliée par trois. En 2020, elle plafonnait à 9,5 % des actifs. Le Programme spécial de refinancement, mis en place en 2021-2022, a accéléré le mouvement. Le Trésor a racheté aux banques publiques des crédits syndiqués accordés à des entreprises publiques, en échange d’obligations souveraines pour un montant total de 2 599 milliards de dinars. Sur le plan comptable, les banques ont remplacé des créances longues et risquées par des titres considérés comme sûrs et rémunérateurs.

Ce que pèsent ces 830 milliards dans le PNB

Pour le CPA, un portefeuille de 830 milliards de dinars de bons du Trésor, rémunéré à un taux moyen compris entre 7 % et 8 % sur les Obligations assimilables du Trésor de long terme, génère mécaniquement entre 58 et 66 milliards de dinars d’intérêts annuels. Rapporté au PNB déclaré pour 2025, soit 94 milliards, cela représenterait une part qui interroge le récit officiel d’une performance commerciale «sans précédent».

L’estimation reste indicative. Les bons du Trésor ne sont pas tous rémunérés au même taux, et le portefeuille a pu évoluer entre fin 2024 et fin 2025. Mais l’ordre de grandeur est posé. Pour les banques publiques algériennes, environ 85 % du produit net bancaire provient déjà de la marge d’intérêt, contre 15 % des commissions. Une part substantielle de cette marge ne vient pas de prêts à l’économie réelle, mais de la rémunération de la dette publique.

Les chiffres consolidés du CPA pour 2024 confirment l’écart. Avec 1 140 milliards de dinars de prêts à la clientèle pour 1 931 milliards de dépôts collectés, le ratio crédits/dépôts ressort à 59 %. Le solde – près de 800 milliards de liquidités excédentaires – est mécaniquement orienté vers le Trésor. Pour les actionnaires, cette gestion produit du rendement. Pour l’économie productive, elle produit autre chose.

«Six entreprises sur sept restent exclues du crédit»

Le bureau d’études FINABI Conseil, fondé par l’économiste Chabane Assad, a chiffré en octobre 2025 le revers de cette équation. Six entreprises sur sept ne sont pas financées par les banques algériennes. Six ménages sur sept n’ont pas de crédit. Sur 239 547 entreprises enregistrées au CNRC, seules 32 446 disposaient d’un crédit bancaire non soldé à fin 2024, selon le rapport annuel de la Banque d’Algérie repris par FINABI.

«Les commerçants et les petites structures restent largement en dehors du système bancaire», explique Chabane Assad, fondateur de FINABI, dans cette étude. «Cela tient à une faible maturité économique – comptabilité peu formalisée, gouvernance limitée, garanties insuffisantes – qui rend difficile l’accès au crédit.» Les banques, dans leur grande majorité publiques, préfèrent concentrer leurs prêts sur les grandes entreprises solvables, souvent adossées à des marchés publics. Le reste du tissu productif se finance par fonds propres ou circuits informels.

C’est cette équation qui produit, en bout de chaîne, des résultats nets en hausse comme ceux annoncés ce mardi par le CPA. Solidité financière des banques, crédit limité à l’économie réelle, concentration croissante sur la dette publique.

Un dividende qui prolonge la logique

À 175 dinars par action contre 125 l’an dernier, l’augmentation proposée est de 40 %. Pour les personnes physiques, ce dividende reste exonéré d’impôt sur le revenu global, conformément à la loi de finances 2024. Au cours actuel, sous le prix d’introduction, le rendement atteint un niveau que peu de placements offrent sur la place algéroise. Les Obligations assimilables du Trésor à long terme, à l’image de la ligne O150434, traitent autour de 7,95 % de rendement actuariel.

Ainsi, la banque publique paie ses actionnaires au même rythme auquel l’État rémunère ses créanciers. Et les créanciers, ce sont en grande partie les banques publiques.

Partager cet article