Dans la tête de Mahrez, buteur de l’apocalypse dans le temps additionnel

Kansas City, 27 juin 2026. La 92e minute. Le score est de deux buts partout. L’Autriche et l’Algérie sont entrées en phase de gestion du score. Elles sont ainsi qualifiées toutes les deux pour les 16e de finale. Le public s’était fait une raison depuis plusieurs minutes et acceptait l’idée d’un match nul rationnel et « entendu » après un match débridé et engagé. Des passes latérales redoublées, des blocs bas inoffensifs, pas de tirs cadrés. Le scénario est inévitable à l’approche du coup de sifflet final.

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Le calme … et puis surgit Riyad Mahrez avec l’instinct pur du compétiteur

Et puis surgit Riyad Mahrez. Un déboulé de Aouar, un appel en profondeur dans la surface, une passe bien dosée, et voilà le ballon au fond des filets autrichiens. Dans le camp d’en face, c’est la stupeur absolue : en l’espace de trois secondes, l’Autriche vient de basculer hors de la Coupe du monde. Le banc algérien, lui, saute spontanément de joie, mais très vite les visages deviennent plus dubitatifs. Quatre points et une victoire de prestige en phase de groupes, et pourtant personne n’exulte franchement.

La raison est simple : ce but venait de tout changer. Le 2-2 qualifiait l’Algérie à la troisième place et l’Autriche à la deuxième, derrière une Argentine déjà intouchable en tête du groupe. En marquant, Mahrez volait cette deuxième place à l’Autriche — et condamnait son équipe à affronter l’Espagne, championne d’Europe en titre, en seizièmes de finale, au lieu d’une Suisse théoriquement plus abordable. Pas exactement le cadeau dont rêvaient les Verts.

Mais quelle mouche a donc piqué Riyad Mahrez ?

Pour répondre, il faut entrer dans la tête d’un homme, déjà buteur un peu plus tôt, qui était en train de se racheter de ses piètres sorties jusque-là en Coupe du monde. Trois hypothèses se superposent.
La première, la plus romantique : la revanche de Gijón. En 1982, dans ce même tournoi, l’Autriche et la RFA avaient joué un match de connivence qui avait éliminé l’Algérie. Mahrez, fils d’une génération nourrie à ce récit fondateur, aurait-il voulu, inconsciemment ou non, refermer cette blessure historique en annonçant l’apocalypse des Autrichiens ?

La deuxième hypothèse est plus prosaïque : l’instinct pur du compétiteur. Un attaquant de son niveau, évoluant pendant une décennie dans l’élite européenne, est un tueur génétique devant les buts. Il ne « décide » pas de ne pas marquer quand une occasion se présente. Le corps agit avant le calcul. La célébration sans excès qui a suivi le but trahissait non pas un remords, mais une conscience fulgurante des conséquences : Mahrez avait agi en footballeur, pas en stratège.

La troisième hypothèse serait que le capitaine algérien a voulu offrir à l’Iran, en tête de la liste d’attente parmi les meilleurs troisièmes à repêcher, une qualification historique en éliminant l’Autriche. Elle relève davantage de la reconstruction narrative. Généreuse, mais peut-être pas assez crédible comme motivation consciente dans le feu de l’action.

Ce que ce match devra laisser dans les mémoires

Le destin en a finalement décidé autrement. L’Autriche a égalisé dans la dernière action du match, privant l’Iran d’un exploit et renvoyant l’Algérie à la troisième place du groupe. Mais ce dénouement insensé a produit un effet inattendu : il a définitivement étouffé toute rumeur de match arrangé.

La fin de match, aux passes latérales et aux tirs cadrés inexistants, avait certes évoqué, pour les supporters iraniens, le spectre de Gijón — la même frustration, la même impuissance face à deux équipes dont les intérêts convergeaient. Le but de Mahrez a balayé cette lecture. L’Algérie aura essayé jusqu’au bout de gagner, au-delà des calculs et des conséquences. C’est ce geste-là, irrationnel, instinctif, peut-être même inconscient dans sa grandeur, qu’il faudra retenir de cette nuit de Kansas City.

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