Dans les camps sahraouis, un système de santé en péril en raison du recul de l’aide internationale

Le système de santé des camps de réfugiés sahraouis en Algérie est fragilisé par le recul de l’aide humanitaire internationale. Le cas médical d’un enfant de 15 ans publié par The Lancet et une analyse d’El País mettent en lumière les effets de l’apatridie sur l’accès aux soins.

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Le système de santé des camps de réfugiés sahraouis en Algérie est fragilisé par le recul de l’aide humanitaire internationale et le statut d’apatride, selon The Lancet

Un adolescent sahraoui atteint d’un cancer et confronté à d’importants obstacles administratifs pour être évacué vers l’Espagne illustre les conséquences sanitaires de l’apatridie, décrites dans un article publié samedi 8 août par la revue médicale The Lancet.

Deux jours plus tard, le quotidien El País est revenu sur cette situation en mettant en lumière la fragilité du système de santé des camps sahraouis en Algérie, dans un contexte de recul de l’aide humanitaire.

Brahim, 15 ans, vit dans les camps de réfugiés sahraouis du sud-ouest algérien. Diagnostiqué d’un cancer par les systèmes de santé sahraoui et algérien, il a besoin d’un traitement spécialisé qui n’est pas disponible dans les camps. Son évacuation vers l’Espagne se heurte toutefois à d’importants obstacles liés aux documents et aux visas. Sa mère, qui s’est vu refuser un visa, ne peut notamment pas l’accompagner, selon le récit publié dans The Lancet.

Pour les auteurs, ce cas illustre l’un des effets les plus directs de l’apatridie sur la santé : lorsqu’un patient doit être transféré à l’étranger, l’absence de documents de voyage reconnus ou les difficultés à obtenir un visa peuvent transformer une évacuation médicale en parcours administratif complexe, avec des conséquences potentiellement vitales.

Taux élevés de malnutrition et d’anémie

Dans un article publié lundi 10 août par El País, les mêmes auteurs identifient quatre mécanismes par lesquels l’apatridie affecte la santé des Sahraouis : l’absence de contrôle sur leurs terres et leurs ressources, les difficultés de financement du système sanitaire, les dommages physiques et psychologiques liés à l’occupation militaire et les obstacles aux évacuations médicales vers d’autres pays.

Dans les camps de réfugiés en Algérie, cette situation se traduit par des taux élevés de malnutrition et d’anémie, des logements insuffisamment isolés, un accès limité à l’eau et des conditions climatiques particulièrement difficiles, les températures estivales dépassant régulièrement 50 degrés.

La fragilité du système de santé constitue le deuxième volet de cette vulnérabilité. Les autorités sahraouies peinent à financer les soins, à former et rémunérer les professionnels et à assurer l’approvisionnement en médicaments et fournitures médicales. Un précédent article de The Lancet, publié au début de 2026, avait déjà décrit des personnels de santé sahraouis contraints d’improviser, certains travaillant comme volontaires, dans des infrastructures limitées.

Recul global du financement humanitaire

La situation s’est depuis aggravée sous l’effet des restrictions financières. Lors d’une visite effectuée en 2026 dans les camps, les auteurs rapportent que l’École universitaire de soins infirmiers a appris que le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) allait interrompre son financement en raison de coupes budgétaires. Des enseignants et étudiants ont terminé l’année sans savoir si les cours pourraient reprendre à l’automne. Des cours d’été d’espagnol médical ainsi que plusieurs campagnes de vaccination et de prévention ont également été annulés.

Les auteurs font également état de pénuries de médicaments, de tests diagnostiques, de matériel pédagogique et de produits alimentaires de base, autant de difficultés qui affectent directement le fonctionnement du système de santé.

Ces difficultés locales s’inscrivent dans une contraction plus large du financement humanitaire. Pour 2026, le HCR dispose d’un budget initial de 8,505 milliards de dollars, soit près de 20 % de moins que le budget de 2025, fixé à 10,604 milliards de dollars, alors même que les besoins restent élevés.

En 2025, l’agence n’avait reçu que 3,932 milliards de dollars, soit environ 37 % de son budget, laissant un déficit de financement de 63 %. Le HCR indique que cette contraction a entraîné une réduction de ses activités et une concentration accrue sur les interventions vitales.

La nationalité espagnole pourrait réduire les obstacles

Dans les camps sahraouis, où le système sanitaire dépend largement de l’aide extérieure, cette contraction intervient sur une structure déjà soumise à de fortes contraintes. Les pénuries de médicaments et de matériel, l’arrêt de programmes de prévention et les difficultés de formation des soignants ne constituent donc pas seulement des conséquences budgétaires : ils peuvent affecter directement la capacité de la population à accéder aux soins.

Le cas de Brahim concentre ainsi plusieurs de ces difficultés : dépendance à des systèmes de santé sous-financés, nécessité d’un transfert vers un autre pays et obstacles administratifs liés au statut des Sahraouis. Pour les auteurs de The Lancet, ces facteurs montrent que l’apatridie ne constitue pas seulement une question juridique ou politique, mais aussi un déterminant concret de la santé.

Le débat pourrait prendre une nouvelle dimension en Espagne. Le Congrès doit examiner en septembre une proposition visant à rétablir l’accès à la nationalité espagnole pour certains Sahraouis nés avant le 29 septembre 1977 ainsi que, sous certaines conditions, pour leurs descendants.

Selon les auteurs, une telle mesure ne réglerait pas les causes politiques de l’apatridie, mais pourrait réduire certains obstacles administratifs à l’accès aux soins espagnols pour les personnes qui obtiendraient la nationalité.

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