Algérie : la finance islamique dépasse 1 000 milliards de dinars et prépare son virage vers les entreprises

Selon les données communiquées par la Banque Arabe, le marché algérien de la finance islamique a dépassé les 1 000 milliards de dinars, porté par treize acteurs actifs et une diversification progressive de l'offre vers le financement des entreprises.

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Un guichet de finance islamique dans une agence de la BNA à Blida. Le secteur revendique aujourd'hui plus de 1 000 milliards de dinars de dépôts et de financements en Algérie. ©BNA

Six ans après le lancement de ses premières fenêtres, la finance islamique algérienne a franchi un cap significatif, avec un marché qui dépasse désormais les 1 000 milliards de dinars, soit 100 000 milliards de centimes, selon les chiffres livrés par Sofiane Mezari, responsable de la finance islamique à la Banque Arabe et membre de la commission dédiée au sein de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers (ABEF), dans des propos rapportés par le quotidien Echourouk.

Treize acteurs se partagent aujourd’hui ce marché, dont deux banques islamiques de plein exercice et onze établissements bancaires classiques opérant à travers des guichets spécialisés, un paysage dominé à 85 % par le financement public des entreprises.

Cette progression ne se limite pas aux volumes traités et s’accompagne, selon le responsable, d’un maillage géographique élargi et d’une gamme de produits et services considérablement étoffée, ce qui a rendu la finance islamique accessible à une clientèle de plus en plus large, aussi bien aux particuliers qu’aux entreprises.

Le rythme de collecte confirme cette dynamique, puisque le secteur avait déjà franchi la barre des 800 milliards de dinars fin 2023, avant que les dépôts ne progressent à un rythme annuel de 25 à 30 % pour atteindre 900 milliards début 2025.

Les moyens de paiement, un terrain d’expansion pour les banques islamiques

L’un des axes de développement les plus visibles concerne les instruments de paiement, dans un pays où les cartes bancaires s’imposent progressivement comme le canal privilégié pour mobiliser l’allocation touristique en devises, plafonnée à 750 euros.

La Banque Arabe propose ainsi plusieurs types de cartes conformes aux principes de la finance islamique, dont une carte interbancaire islamique et une carte de paiement internationale de type Visa, cette dernière pouvant être délivrée dans un délai de 48 heures selon Sofiane Mezari.

L’offre s’étend également aux comptes en devises et aux comptes d’épargne dits « halal », dans le respect d’un principe que le responsable présente comme structurant pour le secteur, celui de l’étanchéité totale entre les fonds relevant de l’activité islamique et ceux issus de l’activité bancaire classique.

Cette expansion des moyens de paiement islamiques intervient alors que la Banque d’Algérie a par ailleurs demandé aux établissements bancaires de faciliter l’accès des ménages aux produits d’épargne, y compris ceux relevant de la finance islamique.

La finance islamique se développe ainsi dans un secteur bancaire algérien où le contrôle des flux en devises s’est par ailleurs nettement renforcé, la Banque d’Algérie ayant multiplié les directives restrictives sur la domiciliation des importations au cours des derniers mois.

Le financement des entreprises, principal chantier de la prochaine étape

Comptes courants et épargne, financement de la consommation, de l’immobilier, de l’automobile et des équipements composent aujourd’hui le catalogue des produits proposés par les guichets islamiques.

Le financement des entreprises, encore limité, constitue selon Sofiane Mezari l’un des chantiers prioritaires des prochaines années, dans la mesure où son élargissement permettrait à la finance islamique de basculer progressivement du financement des besoins individuels vers celui de l’investissement et de l’activité économique, renforçant d’autant son poids au sein du système financier national.

Cette orientation rejoint celle affichée par le Crédit populaire d’Algérie, qui a étendu en juin 2026 son offre de finance islamique aux grands projets d’investissement, avec des financements pouvant courir sur quinze ans.

Le responsable de la Banque Arabe situe le marché à l’entrée d’une nouvelle étape, qualifiée de phase de maturité, après des premières années consacrées à poser les fondations réglementaires et institutionnelles du secteur.

Le défi ne se limite plus, selon lui, à l’augmentation des volumes et à l’élargissement du réseau de guichets, mais porte désormais sur la diversification des produits destinés aux entreprises, le développement d’instruments d’investissement et de marchés de capitaux islamiques, ainsi que l’accélération de la transformation numérique des services, portée par une demande croissante pour l’ouverture de comptes, la gestion des fonds et le paiement à distance.

Sur le volet formation, la Cosob a signé en avril 2026 une convention avec l’Institut de recherche et de formation en finance islamique, signe des besoins persistants en compétences qualifiées sur ce segment.

Côté remèdes, Sofiane Mezari plaide pour une intégration plus complète de la finance islamique dans le dispositif de financement de l’économie réelle, à travers la mobilisation de l’épargne, le financement des projets d’entreprise et le développement d’outils financiers nouveaux.

L’enjeu, selon lui, n’est plus de multiplier les fenêtres islamiques ou d’accroître mécaniquement le volume du marché, mais de faire de ce secteur un vecteur plus actif de financement de l’investissement et de la croissance économique.

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