Le moudjahid et ancien ministre des Droits de l’homme, Mohamed Ali Haroun, est décédé ce samedi à l’âge de 99 ans, a annoncé la télévision algérienne. Figure de la guerre de Libération nationale, avocat et ancien membre du Haut Comité d’État (HCE), il avait occupé une place importante dans les coulisses du pouvoir au début des années 1990. Son nom reste notamment associé au retour de Mohamed Boudiaf en Algérie, en janvier 1992, une mission qui allait prendre une dimension tragique avec l’assassinat du président six mois plus tard.
Né le 8 février 1927 à Birmandreis, sur les hauteurs d’Alger, Ali Haroun était docteur en droit et avocat à la Cour suprême. Il s’engage dans la lutte pour l’indépendance en rejoignant le Front de libération nationale (FLN) dès les premières années de la Révolution. Il participe notamment à la défense des militants nationalistes algériens devant les tribunaux français et compte parmi les fondateurs de la Fédération de France du FLN. Au sein de cette organisation, il contribue à la structuration de la lutte à l’étranger, notamment sur les plans politique et médiatique, et à la sensibilisation de l’opinion française à la cause algérienne.
Après l’indépendance, il est élu député à la première Assemblée constituante, en 1962. Opposé à Ahmed Benbella, cet avocat et militant engagé poursuit ensuite son parcours en dehors des premières lignes du pouvoir, avant de revenir au premier plan en juin 1991, lorsqu’il est nommé ministre délégué aux Droits de l’homme, sous le gouvernement de Sid Ahmed Ghozali, puis ministre de plein exercice quelques mois plus tard. Sa nomination intervient dans une période de fortes tensions politiques, marquée notamment par les arrestations de militants islamistes et l’ouverture des camps du sud après les événements de juin 1991 et par la crise ouverte autour des élections législatives. Une entorse au droit qui va contrarier l’homme.
La mission de convaincre Boudiaf, un tournant de son parcours
C’est toutefois dans les circonstances exceptionnelles de janvier 1992 que son rôle politique prend une dimension particulière. Après la démission du président Chadli Bendjedid, le 11 janvier, et l’interruption du processus électoral, les responsables qui s’apprêtent à mettre en place le Haut Comité d’État cherchent une personnalité susceptible de prendre la tête de cette instance collégiale. Le choix se porte alors sur Mohamed Boudiaf, figure historique de la Révolution, retiré de la vie politique algérienne et installé au Maroc depuis plusieurs décennies.
Ali Haroun est alors chargé de prendre langue avec lui et de le convaincre de rentrer au pays pour prendre les destinées de l’État. Il se rend à Kénitra, au Maroc, afin de lui exposer la proposition. Après des hésitations, Boudiaf finit par accepter et revient en Algérie le 16 janvier 1992 pour présider le Haut Comité d’État. Ali Haroun devient lui-même membre de cette instance, chargée d’assurer la direction de l’État dans une période de crise majeure.
Mais cette mission va prendre, quelques mois plus tard, une tournure tragique. Le 29 juin 1992, Mohamed Boudiaf est assassiné à Annaba, en pleine conférence publique, par un membre de son dispositif de sécurité. Sa mort provoque un choc profond dans le pays et laisse de nombreuses questions sur les circonstances et les responsabilités de cet assassinat.
Pour Ali Haroun, qui avait personnellement contribué à convaincre Boudiaf de revenir en Algérie, ce drame constitue un épisode particulièrement lourd. Il évoquera par la suite le poids de cette démarche et les interrogations qu’elle lui avait laissées. La tragédie de Boudiaf demeure ainsi l’un des épisodes les plus marquants de son parcours politique, au croisement de son engagement et des zones d’ombre de la crise algérienne des années 1990. Jusqu’à récemment encore, Ali Haroun était régulièrement interrogé sur cet épisode tragique.
Après la disparition de Boudiaf, Ali Haroun reste membre du Haut Comité d’État jusqu’en 1994. Il participe ensuite, en 1995, à la création de l’Alliance nationale républicaine (ANR), aux côtés de Redha Malek, ancien chef du gouvernement et figure de la lutte de libération. Le parti entend défendre une orientation républicaine et démocratique dans un contexte marqué par la violence politique et la confrontation entre les forces du pays.
Mais, contrairement à d’autres acteurs de cette période, Ali Haroun va progressivement s’effacer de la scène politique. Il se consacre davantage à l’écriture et au témoignage sur l’histoire du mouvement national et les crises traversées par l’Algérie. Parmi ses ouvrages figure La Septième Wilaya, consacré à l’action du FLN en France durant la guerre de Libération nationale, ainsi que des livres dans lesquels il revient sur les événements des années 1990 et sur son expérience au sein des institutions de l’État.
Sa disparition referme ainsi le parcours d’un acteur de plusieurs séquences majeures de l’histoire contemporaine algérienne : la lutte pour l’indépendance, les premières institutions de l’Algérie indépendante et la crise politique de 1992. Mais son nom restera aussi attaché à cette mission singulière qui le conduisit à convaincre Mohamed Boudiaf de rentrer au pays, avant que l’assassinat de ce dernier ne vienne assombrir durablement le souvenir de ce retour.



