Détroit d’Ormuz : l’Iran ouvre un corridor pour ses alliés

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Vue aérienne sur l'île de Qeshm, séparée du continent iranien par le détroit de Clarence, dans le détroit d'Ormuz, le 10 décembre 2023.

Le 15 mars, un pétrolier battant pavillon pakistanais a traversé le détroit d’Ormuz avec son système d’identification automatique allumé. Depuis le début du blocus iranien, la quasi-totalité des navires coupent leur transpondeur pour éviter d’être identifiés et pris pour cible. Celui-là naviguait à découvert.

Le détroit concentre en temps ordinaire près de 20 % du brut mondial et du gaz naturel liquéfié (GNL) en transit. Depuis que Téhéran en a verrouillé la circulation, les armateurs évitent toute traçabilité. Le pétrolier pakistanais avait visiblement obtenu autre chose : une autorisation.

Le blocus sélectif de l’Iran a évolué

Au moins cinq navires ont quitté la voie maritime les 15 et 16 mars en passant par les eaux iraniennes, selon un rapport publié mardi par la société de renseignement maritime Windward. Au moins quatre autres ont emprunté le chenal Larak-Qeshm, longeant les côtes iraniennes, durant les deux jours précédents. Ces données figurent également dans une note de Natasha Kaneva, analyste matières premières à la banque JPMorgan, transmise à l’Agence France-Presse.

Windward souligne que «cette nouvelle route illustre la manière dont le blocus sélectif de l’Iran a évolué pour permettre le transit de ses alliés et soutiens». Le chenal Larak-Qeshm n’est pas un itinéraire habituel pour les pétroliers. Son utilisation implique un passage par les eaux territoriales iraniennes et, selon toute vraisemblance, une procédure préalable de vérification.

Natasha Kaneva détaille à l’AFP que ce dispositif «pourrait refléter une procédure visant à confirmer la propriété du navire et la nature de la cargaison, permettant le passage des navires qui ne sont pas affiliés aux États-Unis ou à leurs alliés». La même analyste précise que la majeure partie du brut continuant de transiter par le détroit était destinée à l’Asie, principalement à la Chine.

Un navire appartenant à des intérêts turcs

La dimension diplomatique du dispositif s’est précisée vendredi. Le ministre turc des Transports, Abdulkadir Uraloglu, a confirmé qu’un navire appartenant à des intérêts turcs avait franchi le détroit d’Ormuz avec l’autorisation de l’Iran. Ankara, membre de l’OTAN mais interlocuteur régulier de Téhéran sur les dossiers régionaux, figure ainsi parmi les bénéficiaires du tri iranien.

Le passage du pétrolier pakistanais, confirmé par le site spécialisé MarineTraffic qui suit les mouvements des navires en temps réel, est le seul cas documenté où un navire a traversé le détroit transpondeur activé depuis le début du blocus. Le Pakistan n’a pas commenté officiellement cette traversée.

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