Le mémorandum était signé depuis fin mai. Dimanche 21 juin, Abdelmadjid Tebboune a franchi l’étape suivante en donnant instruction, en clôture du Conseil des ministres, de constituer formellement la société mixte algéro-chinoise chargée des travaux de dragage de l’ensemble des ports nationaux.
Le texte avait été paraphé le 27 mai au siège du ministère des Travaux publics, sous la présidence d’Abdelkader Djellaoui. Le Groupe des travaux maritimes (GTM) et la China Harbour Engineering Company (CHEC) avaient alors formalisé leur accord, acte initial d’une joint-venture vouée aux opérations de dragage portuaire et à toutes les activités connexes. La cérémonie avait réuni le PDG du GTM, Mustapha Saidani, et le directeur général de la CHEC, Sun Yingguan, en présence de représentants de l’Agence nationale de réalisation des infrastructures portuaires (ANRIP), de la Méditerranéenne des travaux maritimes (MEDITRAM) et de l’Entreprise algérienne de dragage des infrastructures portuaires et hydrauliques (Aldiph).
De l’est à l’ouest du pays
Le chef de l’État a donné instruction de créer une société algéro-chinoise chargée du nettoyage de l’ensemble des ports algériens d’Est en Ouest, juste après l’achèvement du projet d’extension du port d’Annaba, en prévision de son entrée dans la phase d’exportation du phosphate algérien vers l’étranger.
Le dragage n’est pas une fin en soi. Le port de l’Est algérien est appelé à devenir la porte de sortie du phosphate de Tébessa vers les marchés mondiaux, via la ligne minière ferroviaire reliant Bled El Hadba à Oued El Kebrit puis à Annaba. Les fonds portuaires doivent être à la hauteur de ce calendrier. L’objectif affiché est de rétablir les profondeurs réglementaires au niveau des quais, des bassins portuaires et des chenaux de navigation, pour garantir l’accueil de navires minéraliers de grande capacité.
De Djibouti à Annaba, le carnet de chantiers de la CHEC
Filiale de China Communications Construction Company (CCCC), l’un des groupes publics chinois les plus actifs sur le continent africain, la CHEC s’est spécialisée dans la conception et la réalisation d’infrastructures portuaires, de dragages en eaux profondes et de génie maritime. Son carnet de références couvre une quarantaine de pays, du Nigeria à Sri Lanka, en passant par le Pakistan et Djibouti.
En Algérie, la CHEC avait déjà été pressentie, aux côtés de la CSCEC, pour le projet de port en eaux profondes d’El Hamdania à Cherchell, définitivement abandonné l’an dernier faute d’accord sur les modalités d’exploitation. Le désaccord portait précisément sur le partage des rôles : Pékin souhaitait conserver le contrôle de l’exploitation sur plusieurs décennies, Alger y avait opposé un refus net. La joint-venture de dragage obéit à une tout autre logique, plus limitée dans son périmètre et plus acceptable pour la partie algérienne.
Du côté algérien, le GTM est l’opérateur historique des travaux maritimes, placé sous tutelle du ministère des Travaux publics. L’association des deux groupes traduit un choix délibéré de transfert de compétences dans un segment où l’Algérie accuse un retard en matériel et en savoir-faire spécialisé.
Un calendrier conditionné par Annaba
Dès le 11 mai, le ministre Djellaoui présidait une séance de travail dédiée au suivi du dossier, en présence des représentants de la CHEC. Un plan de travail avait été présenté avec un calendrier de réalisation et les différentes phases de mise en œuvre, conformément aux instructions présidentielles issues du Conseil des ministres du 19 avril.
Le dossier a vite progressé : instruction présidentielle en avril, mémorandum en mai, constitution de la société après achèvement de l’extension portuaire d’Annaba. Le chantier de ce port prévoyait début juin le remblayage de 52 hectares derrière le futur quai minéralier, avec un lancement des superstructures annoncé pour octobre. À terme, la capacité de chargement annuelle de minerais passerait de 2 à 10 millions de tonnes.
La société mixte, une fois constituée, devra couvrir un parc portuaire qui s’étend d’Annaba à Ghazaouet, en passant par Skikda, Béjaïa, Alger, Ténès, Mostaganem et Oran. La coopération algéro-chinoise dans les infrastructures suit désormais une logique sectorielle précise, loin des grands montages globaux de l’ère Bouteflika. Le chantier n’attend plus que la livraison d’Annaba, prévue au premier trimestre 2027.


