Farid Alilat est un journaliste algérien établi en France depuis plusieurs années. Il a fait l’objet d’une interdiction de retour en 2024. Dans cet entretien à Mghreb Emergent, il revient sur les conditions de son refoulement et explique comment il a reçu l’appel du président Abdelmadjid Tebboune invitant les « opposants » à revenir.
MaghrebEmergent : Vous sentez‑vous concerné par l’appel du président Tebboune lancé aux opposants ?
. Je ne suis pas concerné par l’appel du président Tebboune dans la mesure où je ne suis pas un opposant : je suis journaliste.
J’ai été refoulé en avril 2024 d’Algérie au motif que je suis journaliste, sans qu’aucune décision politique, administrative ou judiciaire ne m’ait été notifiée.
La décision de me refouler de mon pays ne repose sur aucun motif, sinon celui d’être journaliste.
ME : Quelle lecture faites‑vous de cet appel ?
. De prime abord, je note un engagement personnel et solennel du chef de l’État visant à permettre aux opposants de rentrer dans leur pays. C’est une chose positive, mais cela ne suffit pas.
ME : Pourquoi cela ne suffit‑il pas ?
. La notion d’« opposant » est vague. Qui détermine qui est opposant, et sur quelle base ? La justice ou le pouvoir ?
Si c’est la justice qui le détermine, cela repose sur des faits : des accusations, des indices, un dossier, des soupçons. Dans ce cas, vous n’êtes plus un opposant mais un justiciable qui doit répondre de faits délictuels.
ME : Si c’est le pouvoir qui décide, alors Tebboune s’adresserait des personnes bien précises. Qu’en dites‑vous ?
. Si le pouvoir définit la notion d’« opposant », elle reposerait alors sur des engagements politiques, des valeurs, des prises de position ou des déclarations qui déplaisent au régime en place. Dans ce cas, nous sommes en contradiction avec la notion d’État de droit.
Le pouvoir n’a pas à « autoriser » les opposants à rentrer dans leur pays : ils doivent être libres d’entrer et de ressortir. Dès lors que la justice n’a rien à leur reprocher, ils doivent être libres de circuler.
ME : Comptez‑vous tenter à nouveau de rentrer au pays malgré l’interdiction ?
. Non. Je ne prendrai pas le risque de rentrer, puisque rien ne me garantit que je ne serai pas refoulé à nouveau, ou, pire, interdit de ressortir librement.


